Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/653

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des périodes de sécheresse, la nature, sous l’ardente caresse du soleil et les humides baisers de la pluie, s’éveille et s’épanouit dans la verdure de la terre fauve. En quelques semaines, tous ces sables arides, qui poudroient, disparaissent sous un fouillis de plantes où se perd le pied des arbres. L’herbe de la jungle pousse dru ses chaumes d’émeraude dont les racines traçantes se noient dans l’eau qui sourd, cependant que leurs têtes en fers de javelines se pâment déjà desséchées par le feu du ciel malgré le ruissellement des orages dont les larges gouttes claquent sur les feuilles étalées des lianes. Les sauterelles semblables à des pousses fraîches bruissent dans un bain de rosée. Les larges papillons veloutés, sablés d’or, se poursuivent parmi les fleurs aux parfums violens, autour des bananiers dont le feuillage répète la forme d’une rame. Les perruches chères à Parvati babillent entre les rameaux des tamarins lourds de gousses acides, les frondaisons grêles des filaos, les branches robustes des manguiers. Les hérons blancs picorent sur le dos des buffles majestueux et stupides, enfouis jusqu’aux flancs dans la vase jaune. Les martins-pêcheurs, vêtus de turquoises, coiffés de lapis, rasent le miroir des ruisseaux, emportant un fretin argenté entre leurs mandibules couleur de sang. Plus haut, les singes vagabonds s’ébattent en compagnies grimaçantes sous le dôme feuillu des figuiers dont le tronc gercé abrite les reptiles sauriens à tête plate qui pourchassent les insectes. C’est un bourdonnement, un sifflement, un coassement, un gazouillement sans trêve. La plus mince créature tient sa partie dans ce concert qui chante la gloire de la vie.

Puis tout disparaît, tari, flétri, calciné. La campagne revêt sa livrée de poudre. Aucun être vivant ne se montre. Et cette mort de la nature peut durer plusieurs années, si les vivifiantes averses des moussons sont détournées par les vents contraires.

Et c’est pourquoi tout ce qu’on dit, tout ce qu’on écrit sui l’Inde n’a qu’une vérité relative, une vérité de circonstance. L’observateur le plus fidèle ne peut donner que la vérité du moment. D’autres que moi ont vu la plaine de Trichinopoly sous les espèces d’un Paradis Terrestre. Peut-être y étaient-ils venus au bon moment.

Cette splendeur présumée de la nature tropicale ne nie gêne pas à cette heure, pour lire le vaste plan en relief qui se déroule sous mes yeux. En cette affreuse sécheresse, la terre semble