Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/693

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qu’on usurpât en France la liberté de les jouer, sans redevance à l’auteur ; on n’en jouait aucune. Les conditions étaient fort inégales, au détriment de nos producteurs intellectuels.

Cependant, par une indifférence qui se comprend beaucoup moins en France qu’en Russie, où les questions de propriété littéraire n’avaient pas éveillé l’attention des pouvoirs publics, ce fâcheux état d’ignorance réciproque s’est prolongé bien après l’alliance conclue. Il semble que nous soyons à la veille de le voir disparaître. Deux causes, d’ordre très divers, auront préparé ce changement : les promesses de la Convention de commerce de septembre 1905, et plus récemment le succès éclatant de Boris Godounov.

La Convention de commerce de septembre 1905 est entrée en vigueur le 16 février/1er mars 1906. Aux termes de l’article 7, le gouvernement impérial de Russie se déclare prêt à ouvrir avec le gouvernement de la République française des négociations, dans le délai des trois années qui suivront la mise en vigueur de la Convention, pour conclure un arrangement touchant la protection réciproque des droits d’auteur sur les œuvres littéraires, artistiques et photographiques. Le délai commençait à courir le 1er mars 1906 ; il expire donc le 1er mars 1909. Il n’est pas un instant douteux que cet engagement aurait été tenu dans tous les cas ; mais il ne comportait, on l’a remarqué, que l’ouverture de négociations. Or c’est là une formalité sans conséquence, si on n’apporte pas dans ces négociations le désir qu’elles aboutissent à un résultat positif. Ce désir, depuis deux ans, n’avait point semblé se révéler chez les Russes ; d’ailleurs, ils avaient fait aux Allemands, aux Autrichiens, la même promesse qu’à nous ; enfin ils n’avaient pas encore de loi intérieure nettement protectrice. Ainsi l’échéance se rapprochait, sans qu’on pût attendre autre chose qu’un échange de vues qui aurait laissé les deux pays dans leurs positions d’absurde hostilité.

C’est alors que de hautes initiatives assurèrent à l’Opéra les représentations par la troupe russe du chef-d’œuvre de Moussorgski. La salle s’emplit chaque soir ; les feuilles de location furent couvertes malgré l’élévation des prix, et les recettes se succédèrent invariables, magnifiques. Il existe en France, comme on sait, une organisation puissante qui réunit les auteurs et compositeurs, qui traite avec les théâtres, et perçoit directement sur les recettes la part attribuée à l’auteur, qu’il