Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/775

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Il écrivait rapport sur rapport pour convaincre son gouvernement de la nécessité de s’incliner devant le fait accompli et de le reconnaître — honnêtement. Le comte Pozzo di Borgo réussit, après de grands efforts, à atteindre son but ; le gouvernement de Louis-Philippe fut reconnu. Mais l’Empereur ne pardonna jamais au roi des Français l’origine révolutionnaire de son pouvoir et durant tout son règne jusqu’à l’année 1848, il ne l’a jamais traité en égal et en « frère bien-aimé. » Il ne pardonna pas davantage au comte Pozzo di Borgo de lui avoir recommandé avec une telle insistance de faire cet acte de sagesse. Dès ce moment, il resta convaincu que ce « Corse » était un « étranger, » qui ne comprenait ni la Russie, ni ses intérêts politiques.

Il était impossible pour le représentant de l’Empereur de ne pas entretenir des rapports avec Louis-Philippe et ses ministres. Mais à défaut de toute instruction de son gouvernement, il se faisait un devoir de déclarer qu’il ne s’engageait dans des entretiens qu’à titre de particulier. Dans la nuit du 31 juillet n. s. Louis-Philippe le fit prier de se rendre chez lui au Palais-Royal. L’ambassadeur accourut ; il trouva le Roi dans un état de grande agitation. « Je l’ai trouvé rempli de craintes et d’espérances, » écrivait-il le 1er/13 août. « Il m’a encore rappelé que jamais il n’a aspiré à la couronne ; qu’il a souvent averti le Roi de leurs dangers communs. » Louis-Philippe ajouta adroitement qu’il comptait particulièrement sur les bonnes dispositions de l’empereur Nicolas dont il voudrait gagner l’appui par tous les moyens. En rendant compte à l’Empereur de cette première conversation, Pozzo di Borgo crut devoir lui faire envisager les graves conséquences que pourrait avoir un conflit. « Une guerre de la Russie contre la France, » écrivait-il, « userait nos propres moyens pour détruire une puissance que nous avons tant d’intérêts de conserver, de sorte que nous travaillerons de deux manières à l’avantage de nos ennemis. » « D’ailleurs, » se demandait-il, « quelle serait la fin de cette guerre et dans quel dessein ? La première n’est pas à prévoir et le second n’est pas à définir. La prudence exige par conséquent de procéder avec mesure, de ne point s’engager, ni se compromettre, de faire, à mon avis, tout ce qui peut diminuer le mal et aplanir les aspérités et d’attendre sans avoir rien à se reprocher ce que le temps produira. L’exemple du Cabinet impérial forcera les autres à l’imiter et cette attitude contribuera plus au rétablissement de