Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/782

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


mûre réflexion, prit une décision qui lui fait le plus grand honneur. Il résolut de n’en tenir aucun compte, de ne pas expulser de France tous les sujets russes, de ne pas refuser le visa des passeports aux Français qui se rendaient en Russie, et de ne quitter ni Paris, ni l’hôtel de l’ambassade. Dans son rapport du 16/28 août, il déclara sans détour à son gouvernement que l’exécution des instructions qu’il avait reçues aurait infailliblement amené la guerre.

Pour justifier sa hardiesse, Pozzo di Borgo se plaça sur un terrain dont il était impossible de le déloger. Le gouvernement impérial avait adopté comme base de sa politique étrangère l’accord entre les grandes puissances ; par conséquent, disait-il, à défaut de toute instruction, il devait se conformer à l’attitude des représentans des autres grandes puissances à Paris. Dans ce nombre, le ministre d’Angleterre avait déjà été reçu en audience officielle par Louis-Philippe, et les ministres d’Autriche et de Prusse lui avaient dit qu’ils allaient recevoir leurs lettres de créance. Dès lors l’ambassadeur de Russie ne pouvait pas se « singulariser ; » il devait régler son attitude d’après celle de ses collègues alliés. La nécessité de ne pas s’en séparer était d’autant plus impérieuse que la révolution qui venait d’éclater en Belgique produisait une forte impression en France. Le ministre des Affaires étrangères avait déclaré, au nom du gouvernement français, au comte Pozzo di Borgo et à ses collègues que l’intervention d’une puissance étrangère quelconque dans cette révolution entraînerait celle de la France. L’ambassadeur de Russie ne pouvait faire autrement que de prendre acte d’une déclaration aussi catégorique du gouvernement français et de la porter sans délai à la connaissance de son cabinet. Ainsi dès le mois d’août des relations s’établirent-elles de fait entre le gouvernement impérial et celui du roi Louis-Philippe. « La question de reconnaissance, écrivait Pozzo le 23 août/4 septembre, était donc décidée par la nature de la position des alliés, par le besoin de rester unis et par la juste et sage résolution de ne pas rompre avec la France pour des causes qui regardent son état intérieur. Il est vrai que cet état est déjà tel qu’il peut jeter l’alarme au milieu de l’Europe monarchique et légitime. »

Pozzo di Borgo trace, en effet, du nouveau roi ce portrait, qui devait confirmer le désir de ne pas intervenir dans les affaires intérieures du pays. « Le nouveau roi, faible par