Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/791

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Paris l’impression que ses lettres avaient produite sur le Roi et ses ministres. Aussi longtemps que le général Athalin se trouvait à Saint-Pétersbourg et adressait des rapports sur les faveurs dont il était l’objet, Louis-Philippe ne dissimulait pas sa satisfaction. Il invita l’ambassadeur de Russie au Palais-Royal et celui-ci s’y rendit sous « une forme toute privée. » Le Roi dit au comte Pozzo di Borgo qu’il avait reçu un rapport du général Athalin, qui était ravi de l’accueil qu’il avait trouvé auprès de l’empereur Nicolas. Le Roi en était très satisfait, ainsi que de tout ce que lui communiquait son ambassadeur extraordinaire. Avec l’abondance de paroles qui lui était propre, Louis-Philippe se mit à démontrer qu’il avait été forcé de monter sur le trône pour empêcher le triomphe inévitable de la révolution : c’était le seul moyen de sauver l’ordre public et le principe monarchique. L’ambassadeur de Russie écouta respectueusement ce discours et se permit seulement d’observer qu’aussi longtemps qu’on ne mettrait pas une fin aux « sociétés populaires, » l’ordre public et le triomphe du principe monarchique ne seraient pas assurés. « Le Roi témoigna à cette proposition un embarras extrême, » écrivait le comte Pozzo di Borgo. Il parla des divergences entre les ministres, qui empêchaient de prendre des mesures générales. Le comte Molé, ministre des Affaires étrangères, crut devoir constater le même fait. Quant au comte Pozzo di Borgo, il attribuait la faiblesse du Roi dans sa lutte avec les révolutionnaires au fait qu’il les redoutait lui-même, et surtout Lafayette.


III

Cet échange d’impressions amicales eut lieu avant le retour du général Athalin à Paris. La situation changea lorsque le Roi et ses ministres prirent connaissance des lettres de l’Empereur. De plus, l’ambassadeur extraordinaire de France fit part verbalement de certaines choses qu’il jugeait trop délicates pour être traitées dans un rapport. Toutes ces informations produisirent un pénible effet sur le gouvernement français.

Le lendemain du retour du général Athalin, Molé invita l’ambassadeur de Russie à passer chez lui. « M’y étant rendu, » écrit le comte Pozzo di Borgo le 11/23 octobre 1830, « je le trouvai tout abattu de l’impression que lui avait faite l’ensemble