Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/792

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des notions dont M. d’Athalin venait de l’instruire. Après quelques observations générales de regret, il me dit que le roi Louis-Philippe était désolé de ne pas avoir trouvé, dans, les lettres de Sa Majesté l’Empereur, les formes amicales et bienveillantes d’usage entre souverains et dont il s’était servi lui-même. » Le Roi, poursuivit Molé, passa en revue la correspondance échangée entre les souverains de France et de Russie depuis la Restauration et « il avait reconnu que non seulement Leurs Majestés s’étaient servies de la formule ordinaire Monsieur mon frère, mais qu’Elles avaient ajouté au bas celle de Votre bon frère et ami. Le Roi considère ces ommissions comme une preuve de l’intention de l’Empereur de ne pas entretenir les liens « de bonne intelligence et de courtoisie, » mais même d’observer un certain « éloignement » à son égard.

L’ambassadeur crut devoir justifier l’attitude de son souverain par l’ordre de choses existant en France, l’origine révolutionnaire du pouvoir de Louis-Philippe, la propagande anarchique en Belgique, en Espagne, en Italie, etc. Il dit en terminant « que Sa Majesté Impériale ayant reconnu le titre de fait du roi des Français, les relations politiques entre les deux monarques et les deux Etats se trouvaient rétablies, en attendant que la marche du Roi et de son gouvernement envers les autres puissances devînt un motif de faire renaître celles qui tiennent à l’intimité et à la confiance. »

Il n’est guère probable que ces considérations aient rassuré ou satisfait le ministre français. Molé n’essaya même pas de défendre son gouvernement : il se borna à dire à l’ambassadeur que le Roi désirait le voir.

Le comte Pozzo di Borgo se rendit, toujours « incognito, » au Palais-Royal et directement dans la chambre où le Roi l’avait déjà reçu à plusieurs reprises. Louis-Philippe vint aussitôt à sa rencontre et « presque les larmes aux yeux » lui exposa avec une grande animation combien il était peiné de voir que l’Empereur avait renoncé à observer à son égard les formes de courtoisie amicale dont il avait usé lui-même, et que tous les autres souverains avaient scrupuleusement observées. L’ambassadeur s’appliqua à justifier l’attitude de son souverain par les argumens qu’il avait fait valoir dans son entretien avec le comte Mole. Le Roi l’écouta attentivement et avec calme. Mais lorsque Pozzo di Borgo chercha à démontrer que cette défiance s’expliquait