Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/797

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circonstances… Si des considérations impérieuses ont dû un moment imposer silence à mes sentimens personnels, si, de concert avec mes alliés, je me suis déterminé à reconnaître le nouveau gouvernement français, j’ai au moins la conscience d’avoir tout fait pour éviter la nécessité d’une si pénible détermination. Mais une fois adoptée, elle doit désormais devenir la règle de la conduite politique de mon Cabinet, comme de celle de mes alliés. L’objet des efforts que nous faisons en commun et celui de tous mes vœux, est le maintien de la paix générale. Tant que le gouvernement français n’entravera point l’accomplissement de cette œuvre salutaire, rien ne saurait justifier de ma part une provocation à la guerre. »

Le jour de l’an 1831, Pozzo di Borgo fut reçu en audience solennelle par le roi Louis-Philippe pour la remise de ses nouvelles lettres de créance. Le Roi en fut très satisfait, ainsi que l’ambassadeur dont la position se trouva ainsi régularisée. Mais ces dispositions d’esprit optimistes de l’ambassadeur ne devaient pas être de longue durée. En dépit de la promesse du Roi de ne pas admettre l’élection du Duc de Nemours au trône de Belgique, celui-ci fut élu et le Roi ne crut pas devoir protester. En dépit de l’engagement du cabinet français de ne pas intervenir dans les affaires de Pologne et de ne pas favoriser les insurgés polonais, le roi et ses ministres ne dissimulaient pas leurs sympathies pour l’insurrection. Pozzo expliquait ces contradictions dans la politique du gouvernement français par l’impuissance manifeste du Roi et de ses ministres. D’après lui, le Roi désirait la paix, mais « ne s’opposait pas aux mesures qui peuvent amener la guerre. » Le Roi parlait lui-même avec une certaine amertume de sa position à l’ambassadeur de Russie. Il m’a avoué, écrivait celui-ci, « qu’il n’est pas secondé par son ministère dont il regrette l’incapacité. » D’après Pozzo, le ministre des Affaires étrangères Sébastiani ne peut inspirer aucune confiance. Personne ne le respecte et ne lui reconnaît des capacités quelconques. Mais il a une haute opinion de lui-même. Sa perfidie est proverbiale, et son astuce n’a pas de bornes. Si l’on prend en considération la faiblesse du Roi, la légèreté d’esprit, la duplicité et la perfidie de quelques-uns des ministres, l’anarchie qui dominait à la Chambre des députés, et l’audace du parti radical, on comprendra facilement le mépris général qui entourait le gouvernement. Le parti anarchique réussit à profaner