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impunément des églises et à y dérober des objets du culte, ornés de fleurs de lys, insigne des Bourbons.


IV

L’ensemble de cette situation, exposé par Pozzo di Borgo, dans son rapport au vice-chancelier du 19 février/3 mars 1831, produisit une profonde impression sur l’Empereur : il mit sur la dépêche l’annotation suivante : « Quel triste et hideux tableau ! » Il ne se gênait pas pour énoncer ouvertement son indignation, lorsque les nouvelles de Paris lui en fournissaient l’occasion. Ainsi ayant aperçu à une revue le comte de Mortemart, ambassadeur de France, il s’approcha de lui à cheval et lui dit à haute voix : « Le Duc de Nemours est nommé roi de Belgique, j’en appelle à votre promesse ! » Sans attendre de réponse, il donna un coup d’éperon à sa monture et s’éloigna.

L’Empereur fut également très indigné, en apprenant par les rapports de son ambassadeur à Paris que l’hôtel de l’ambassade avait été l’objet d’une agression de la populace. L’événement eut lieu au commencement de mars et fut provoqué par la nouvelle des succès remportés par l’armée russe sur les insurgés polonais. Des pierres furent lancées contre les fenêtres et quelques vitres brisées. Il est vrai que le gouvernement français prit aussitôt toutes les mesures de sûreté, et le Roi ainsi que les ministres s’empressèrent d’exprimer à l’ambassadeur leur profonde indignation à ce sujet. Toutefois, Pozzo di Borgo était révolté et demandait à son gouvernement des instructions pour le cas où ces faits viendraient à se renouveler. « Si je ne consultais que mon désir, écrivait-il, je quitterais Paris à l’instant. » Les conversations avec le Roi, toujours très prolongées ; laissaient une désagréable impression à Pozzo et lui faisaient désirer encore plus son départ. Le Roi ne cessait de demander à l’ambassadeur si la révolte polonaise toucherait bientôt à son terme. — L’Empereur, disait-il, ne songe-t-il pas à rétablir le royaume de Pologne ? Ne serait-il pas préférable d’accorder le pardon aux insurgés et de les traiter avec indulgence ? — Casimir Perier, le nouveau premier ministre, adressait à l’ambassadeur des observations malveillantes, assurant que l’Europe supposait la Russie plus forte qu’elle ne s’était montrée dans la répression de l’insurrection polonaise. Quant à Sébastiani, c’est