Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/800

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français. (Dépêche du comte Nesselrode du 9/21 mars 1831.)

La nouvelle de l’agression contre l’hôtel de l’ambassade augmenta l’irritation de l’empereur Nicolas. En présence des excuses faites par le gouvernement français, il fut prescrit à l’ambassadeur de ne réclamer aucune satisfaction ; mais cet incident fournit une preuve nouvelle de la faiblesse du gouvernement français, et confirma l’Empereur dans sa résolution d’arrêter des mesures éventuelles en vue d’une révolution en France. Cette décision avait d’ailleurs été prise antérieurement aux actes d’agression qui ne firent que la confirmer : voici dans quels termes elle fut communiquée au comte Pozzo di Borgo dans une dépêche secrète du 9/21 mars 1831. « Dans un moment où les relations de la France avec les puissances étrangères et les questions vitales, qui divisent et agitent son gouvernement, se compliquent de plus en plus, Sa Majesté l’Empereur a jugé, qu’avant même qu’une guerre directe vînt à éclater entre la France et la Russie, il pourrait se présenter des cas où la présence de son ambassadeur à Paris ne s’accorderait plus avec sa dignité et ses engagemens avec ses alliés. Ces cas seraient celui d’une nouvelle révolution qui aurait pour résultat la chute du gouvernement actuel en France et l’établissement d’une république, et celui où le gouvernement français déclarerait la guerre à l’une des grandes puissances et qu’en conséquence le représentant de celle-ci fût forcé de quitter Paris. Dans l’une et l’autre hypothèse, il est de l’intention de l’Empereur que vous n’y restiez que le temps strictement nécessaire pour vos préparatifs de départ, et que vous quittiez aussitôt cette capitale et le royaume avec toute l’ambassade. » Une nouvelle agression, dirigée contre l’hôtel de l’ambassade, devait servir également de prétexte pour ce départ. Ainsi, dès le mois de mars 1831, le comte Pozzo di Borgo se trouvait muni d’un ordre qui l’autorisait à quitter la France aussitôt que les circonstances signalées plus haut viendraient à surgir.

On se tromperait cependant si on croyait que l’empereur Nicolas désirait une telle rupture. Il était loin d’aimer et de respecter le roi des Français ; il ne croyait pas à la durée de son règne et s’attendait sans cesse à une nouvelle catastrophe politique en France et dans toute l’Europe occidentale ; mais il croyait de son devoir d’oublier ses sentimens personnels pour peu qu’il fût possible de maintenir la paix et l’ordre de choses politique