Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/836

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méduses, fleurs merveilleuses La mer calme était comme un jardin de rêve sous une onde transparente. Je travaillais souvent très tard. Minuit, une heure sonnaient. Il me semblait presque inconvenant d’aller dormir. Par ma fenêtre, je découvrais des rochers dont pas un n’avait la même couleur que l’autre. Ils l’avaient le jour, parce que la lumière du jour ne nuance pas ou ment. Mais le soir leur rendait leur vraie teinte, rose ou lilas, d’un bleu gris ou d’un vert pâle. Les pierres ressortaient sur la blancheur de la route. Les herbes glauques s’allongeaient des parois du fjord. Dans un champ voisin, la clarté, comme un doigt mystérieux, dépliait et séparait les fines découpures des trèfles endormis. De toutes les maisons suspendues à la montagne j’aurais dit quelle était la plus récemment peinte. Je ne voyais rien de noir que les carreaux des fenêtres : encore distinguais-je les rideaux blancs et les pots de fleurs…

Peu à peu les nuits se décolorèrent. Un soir, quelques personnes s’arrêtèrent au milieu de la route. Des enfans, des femmes, des pêcheurs, le cordonnier, le forgeron, même notre hôtesse, vinrent grossir le rassemblement. La dame de la maison blanche sortit sur sa terrasse et apparut le nez en l’air dans son jardin de groseilliers. Tous, la tête tournée vers le ciel, regardaient au-dessus des aiguilles de pierre une petite étoile. C’était la première qui se fût levée depuis plus de trois mois. Elle annonçait la fin des nuits claires, le retour de l’ombre, des tempêtes, des naufrages. Elle tremblait comme un diamant sur le front d’une inconnue voilée. Petite étoile orageuse ! Mais ils la contemplaient émerveillés, car notre cœur refait à chaque instant une beauté virginale aux plus vieux phénomènes de la nature…


ANDRE BELLESSORT.