Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/848

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aveux à Reynier, mais des aveux à lui. « Qu’il convienne de tout avec moi. » Tel est le propos que lui prête l’historien du Consulat et de l’Empire. C’est donc en transmettant les ordres du Premier Consul que Reynier aurait dû commencer son entretien avec Moreau. S’il ne lui en fit point part, c’est que la volonté du maître en avait subordonné la communication à des aveux complets et à un repentir éclatant, lesquels lui auraient permis un beau geste en faveur d’un grand coupable qui désavouait et regrettait sa conduite, et que le pardon dont il eût été l’objet aurait irréparablement abaissé.

Ce qui prouve au surplus que telle était la pensée de Bonaparte, c’est la rapidité avec laquelle il résolut d’impliquer définitivement Moreau dans la conspiration de Georges, sans même s’enquérir de la manière dont le Grand Juge s’était acquitté de la mission qu’il lui avait confiée. « Sur ma lettre au Premier Consul, mandait Moreau à sa femme, après avoir reçu la réponse de Reynier, citée ci-dessus, le Grand Juge m’a écrit que si je l’avais envoyée le premier jour, on m’aurait ôté de cette affaire. Je ne sais quelle différence il y a entre un jour et un autre, les procédures n’étant pas commencées. » La remarque était juste, comme il l’est aussi de reconnaître qu’il eût mieux valu pour Moreau que cette lettre eût été écrite après son premier interrogatoire. Mais, à quelque date qu’il l’eût écrite, elle n’aurait pas désarmé Bonaparte ; elle n’était pas ce qu’il voulait : il attendait des aveux, et il recevait une justification. C’est pour ce seul motif que Reynier la déclara trop tardive.

Elle n’en constituait pas moins un exposé des faits conforme à la vérité et dont il était aisé de vérifier l’exactitude. La police tenait tous les fils de la conspiration et tous les coupables. Pichegru avait été arrêté le 28 février, Georges Cadoudal le 9 mars. Ni l’un ni l’autre n’accusait Moreau et, sauf les quatre accusés qui visiblement le calomniaient, aucun des complices ne parlait de lui : aucun d’eux ne le connaissait. C’était donc un odieux déni de justice de le retenir dans le procès. Mais sa perte était résolue et, pour le perdre, on ne tint compte que des dires de ses accusateurs, dont deux au moins s’étaient décidés à servir les desseins de la police.