Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/859

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avaient culbuté les Français et les poursuivaient. « Je combattis avec succès jusqu’au soir, je pris quelque mille prisonniers et du canon. L’ennemi était dans le plus grand désordre et se disposait à faire retraite pendant la nuit. »

Moreau, dans son récit, n’ajoute pas que son initiative venait de sauver d’un désastre l’armée de Scherer. Elle put achever sa retraite sous Mantoue où lui-même recevait l’ordre de conduire ses troupes. Un autre avantage qu’elle retira du succès de Moreau, c’est que l’ennemi ne reparut que huit jours plus tard et qu’elle eut ainsi le temps de se remettre. Il n’en fallut pas moins battre en retraite. L’arrivée annoncée des Russes allait doubler les forces ennemies et les nôtres s’affaiblissaient, Scherer étant obligé de laisser des garnisons à Mantoue, à Ferrure, ailleurs encore.

Sur ces entrefaites, ordre était arrivé à Moreau de se rendre à Paris où le gouvernement désirait conférer avec lui. Ses soldats, en l’apprenant, furent dans une telle consternation que Scherer prit sur lui de lui ordonner de rester à l’armée où il était indispensable. Il eut alors le commandement de l’aile gauche et porta son quartier à Lodi ; le quartier général et le gros de l’armée étaient aux environs de Cassano.

Un matin, il est mandé au quartier général et part pour s’y rendre. A une halte, sur sa route, il apprend que Souvarof, à la tête de l’armée russe, vient d’apparaître de l’autre côté de l’Adda et se prépare à franchir cette rivière. Il remonte à cheval, pressé de prévenir Scherer. Mais, en arrivant au quartier général, il apprend que Scherer est parti pour Milan en lui laissant le soin de donner tous les ordres relatifs à l’armée.

Pour la sauver, il n’était qu’un moyen : battre en retraite. « Mais un commandant provisoire qui a son général en chef à huit lieues de lui ne pouvait prendre ce parti. Je pris celui de rassembler l’armée et je fis porter l’ordre à l’aile gauche de se rapprocher du centre. A cinq heures du matin, on m’annonça que l’ennemi passait la rivière sur plusieurs points. En expédiant les premiers ordres que cela exigeait, j’envoyai un courrier au général Scherer pour le prévenir que l’armée était attaquée, que le général en chef devait s’y rendre, que je ferais mon possible pour le seconder. Quatre heures après, je recevais par retour de mon courrier un arrêté du Directoire qui me nommait général en chef de l’armée d’Italie et de Naples. »