Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/866

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d’Angleterre, de le faire rentrer en Allemagne ou revenir en France plutôt que de le laisser en pays ennemi. Je l’ai reçu chez moi, et je lui eusse donné asile, si toutes les persécutions de la police m’avaient permis de croire qu’il fût en sûreté. Certes, lorsque toute l’armée de Condé était à Paris de l’aveu du gouvernement, je crois que Pichegru, cet homme immortel par les services qu’il a rendus à son pays, pouvait bien y être.

« On m’oppose que je me suis allié à un homme que j’ai accusé d’être un traître. Je ne peux m’expliquer encore comment on veut remonter à des événemens si éloignés, comment on a eu assez peu de délicatesse pour exhumer de la poussière du Directoire une correspondance, pour s’en faire un titre. Depuis, j’ai gagné trente batailles, sauvé deux fois l’armée et sauvé par conséquent deux fois la France. Au reste, ce que j’avais remis dans le sein de l’amitié, est tombé par suite d’événemens dans les mains du Directoire. Il y a eu accusation et jugement public. Le fait a été déclaré non constant ; il était sans application à personne. Dès lors, je m’étais trompé dans mes conjectures, et le Directoire s’était mépris dans ses accusations. Pichegru n’était pas plus coupable que ses autres collègues aujourd’hui en dignité. Il n’y avait pas plus pour lui que pour eux de motifs à son exil.

« On parle de dictature comme si elle ne m’avait pas été offerte, comme si je n’avais pas été le maître d’être dictateur avant que Bonaparte le fût. Mais c’est ici le lieu de faire remarquer le ridicule de l’accusation. D’un côté, Rolland dit que je l’ai assuré que Pichegru était sans moyens. Comment donc concilier cela avec cette autre partie de la déclaration que j’ai voulu me servir de lui et de ses moyens pour être dictateur ? Croyez-vous qu’il ait fallu quelque jugement pour faire ce que j’ai fait jusqu’ici ? Ai-je fait jamais quelque chose de ridicule ? Ce qui l’eût été, c’est le moyen dont je me serais servi pour prendre l’autorité absolue. Des hommes fidèles à leur opinion se sont battus pendant dix ans pour la famille des Bourbons. En vingt-quatre heures, il se serait fait en eux la plus étrange métamorphose. Ils auraient renoncé pour moi à leur avancement, à leur fortune ; ils m’auraient pris, placé sur le bouclier et élevé à la puissance suprême ! C’est de toutes les conceptions la plus absurde.

« On parle d’autres propositions qui m’auraient été faites.