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L’idée mystique dans l’œuvre de Richard Wagner


Les grands poètes de tous les temps furent des mystiques, si l’on entend ce mot dans le sens le plus large et le plus profond. Il suffit de les lire, même superficiellement, pour s’apercevoir que l’âme est pour eux une réalité supérieure à celle du corps, et qu’ils croient tous à un monde spirituel qui se cache derrière la traîne mouvante du monde visible. Leur pensée nous apparaît plus ou moins imprégnée de cet ensemble d’idées que les anciens nommaient les « mystères » et que les modernes ont désigné tour à tour sous le nom de magie, d’occultisme, de doctrine ésotérique et de théosophie.

N’en citons que les plus frappans exemples. Les créateurs de la tragédie grecque vécurent dans un âge où la foi religieuse se mêlait intimement à toute la vie sociale et politique et où les enseignemens d’Eleusis fournissaient aux initiés une explication philosophique des mythes populaires. Il suffit de nommer l’Orestie, le Prométhée d’Eschyle, l’Œdipe-Roi et l’Œdipe à Colone de Sophocle, pour rappeler à toutes les mémoires les liens étroits que les grands tragiques établissaient entre la destinée humaine et le monde des Dieux. Dante, le grand poète chrétien du moyen âge, ne met pas seulement en œuvre, dans sa Divine Comédie, la doctrine catholique orthodoxe de saint Thomas d’Aquin. Il y greffe des idées singulières et hardies, qui n’ont pu lui venir que de la Kabbale ou des doctrines