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Les grandes coopératives, et même quelques sociétés de faible importance, sont propriétaires de leurs immeubles. Plusieurs d’entre elles, pressées d’atteindre l’idéal de la propriété collective, n’ont pas eu à s’applaudir de leur ambition prématurée ; elles ont dû contracter des emprunts, subir des hypothèques ; et, dans ces dernières années, trois ont disparu.

Les types d’immeubles sont variables. A l’exception de la Bellevilloise, les coopératives ouvrières ont fait construire de gros édifices mornes, en maçonnerie lourde, qui tiennent du temple, de l’école municipale, ou du marché couvert : le visiteur, qui présumait de grands magasins débordans de vie, est comme déconcerté. Il y a pourtant de l’animation et de l’activité derrière ces hautes murailles ; mais il faut entrer pour s’en apercevoir. Ce qui frappe immédiatement, c’est l’énormité de l’espace perdu, l’immensité de la « salle des fêtes, » qui, trois ou quatre fois par an, est utilisée pour l’Assemblée générale, une « sauterie, » une conférence, ou un concert [1].

Voici par exemple, rue Niepce, dans le XIVe arrondissement, l’Avenir de Plaisance, qui existe depuis trente-cinq ans. On entre, et on se trouve dans une vaste nef, qui reçoit le jour d’un haut plafond vitré. Le long des murs, se succèdent, séparés par des cloisons peu élevées, les différens rayons de vente. A droite de l’entrée, l’étalage truculent de la boucherie ; à gauche, l’amoncellement des légumes et des « primeurs. » La foule, enfans et ménagères, paniers au bras, filets à la main, se presse aux guichets de service, dressés de distance en distance, le long du comptoir périmétral. Au milieu de la salle, quelques « kiosques » en chêne montrent, derrière leurs vitrines, des échantillons de chaussures fabriquées par diverses cordonneries ouvrières. Tout en haut de la nef, règne une galerie, sur laquelle s’ouvrent la salle du Conseil, les salles de commissions, la bibliothèque sociale, les bureaux de la comptabilité, et la buvette. De cette galerie, on accède par un couloir à la salle des fêtes, presque aussi vaste que celle des ventes, et qu’on est surpris de découvrir : c’est un véritable théâtre, avec une scène coquette, et une

  1. Certaines coopératives, comme l’Union des Travailleurs du XIIe arrondissement, qui vient de disparaître, utilisent de leur mieux leur « salle des fêtes, » en la Jouant à des Sociétés musicales de quartier. D’autres la mettent gratuitement à la disposition de groupes politiques ; ainsi, le « Conseil national du parti socialiste unifié » tient ses assises à l’Egalitaire, rue de Sambre-et-Meuse.