Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/915

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Pour être pleinement édifié, il faut voir de près cette administration elle-même, savoir de quelle façon elle est recrutée, comment elle délibère, comment elle exécute, et comment elle contrôle ; et il importe plus encore de pénétrer les « mœurs coopératives. »

Les Sociétés coopératives « bourgeoises » sont les moins nombreuses. Nous connaissons déjà les plus importantes : la Société du XVIIIe arrondissement, la Société de l’Est, l’Association des Employés civils. Les autres, le Marais, la Goutte d’Or de Montmartre, la Fourmi du XIIIe, l’Union Fraternelle d’Auteuil, ont tout au plus quelques centaines de membres.

Administrées avec ordre, relativement bien tenues, la plupart de ces sociétés ne sont cependant pas plus économes, ni mieux achalandées que les sociétés ouvrières. Leur clientèle est plus exigeante, l’horizon coopératif y est plus rétréci. Elles vendent certaines marchandises, comme le vin, moins cher en gros qu’au détail, suivant en cela la tradition commerciale plutôt que la règle coopérative ; elles distribuent un intérêt de 5 pour 100 aux parts sociales, de sorte que le capital peut-être rémunéré sans que l’adhérent soit consommateur ; elles n’ont le souci ni de l’éducation ni de la propagande. Ce n’est pas assez dire qu’elles ont peu de foi ; elles n’ont pas de doctrine. Chaque membre envisage sa société comme une maison de commerce, qui ne doit pas seulement le satisfaire, mais le satisfaire mieux qu’une autre ; et sa fidélité n’est pas entretenue par le sentiment du devoir social.

Les coopératives parisiennes sont en grande majorité socialistes, ou, tout au moins, manifestent des tendances socialistes. Beaucoup d’entre elles sont clientes des associations de production ; toutes vendent le vin « au litre » le même prix qu’ « en fût ; » aucune n’accorde d’intérêt au capital. Celles-là sont à peu près exclusivement ouvrières ; quelques-unes même, dans leurs statuts, excluent formellement les « bourgeois. » L’Avenir de Plaisance, l’Abeille de Passy, n’admettent que des « ouvriers ou artisans, » la Famille, de la rue Malar, tolère les « ouvriers intellectuels, » mais leur refuse l’éligibilité aux fonctions d’administrateur. A la Bellevilloise, « tout citoyen travaillant manuellement ou intellectuellement pourra seul faire partie de la Société. » Les « intellectuels » ne sont guère que des cliens obscurs ; leur voix est rarement entendue dans les Assemblées