Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/942

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Lui-même, dans sa Démonstration du principe de l’harmonie, déclare que, s’il fut entraîné vers le théâtre, il ne le fut pas seulement « pour le plaisir de faire, comme artiste, beaucoup de peintures, dont il avait conçu l’idée ; » mais surtout « pour celui de voir, comme philosophe, le jeu de tous ces phénomènes, dont le principe ne lui était plus inconnu, et de donner lieu à une infinité d’effets, dont il s’était mis en état de connaître les causes. »

Il disait « comme philosophe, » et voulait dire par là, dans le langage de son siècle, comme savant. Aussi bien il a premièrement passé pour tel. Un de ses biographes [1] rappelle avec raison que les théories de Rameau « demeurèrent, au XVIIIe siècle, la seule base de sa réputation à l’étranger. » En Allemagne, le Traité de l’Harmonie provoqua les discussions les plus vives. Jean-Sébastien Bach avait beau se déclarer anti-ramiste, il n’en expliquait pas moins à ses élèves le système de la Basse fondamentale. Marpurg reconnaissait à Rameau, sans parler de ses talens de compositeur, « beaucoup d’érudition et de science, particulièrement dans les mathématiques. » En tout pays, les échos du monde savant, — de celui-là surtout, — répètent le nom de Rameau. Les complimens de l’Académie des Sciences décident en sa faveur plus d’une Académie de province et je ne sais laquelle fit au maître harmoniste l’honneur posthume de le placer « parmi les géomètres, entre l’auteur d’un Traité sur les sections coniques et celui d’un livre d’algèbre. »

De notre temps encore, sa renommée en ce genre n’a fait que s’accroître et l’un de ses deux plus récens biographes écrivait hier : « Les conceptions de Rameau, en dépit des réserves qu’elles commandent, le placent tout près des plus grands parmi les penseurs et les géomètres. Il se rapproche de Galilée, pour qui la nature s’écrivait dans la langue des mathématiques. Ses théories se sont continuées jusqu’à Helmholtz, qui proclamait le mérite de Rameau dans l’étude scientifique de la résonance. On retrouve sa doctrine dans les travaux de M. Hugo Riemann, et il a eu l’intuition du rôle que devaient jouer les mathématiques comme « moyen de reconnaître les grandes analogies. »

« Les mathématiques. » Voilà le mot qui revient toujours, et qui convient. On ne saurait trop insister sur ce point. La science, pour Rameau, la science qu’il voulut acquérir et posséder, la regardant comme le fondement nécessaire de son art, c’est la haute science, la science pure. Elle n’a rien de commun avec les spéculations,

  1. M. Brenet.