Page:Revue des Deux Mondes - 1908 - tome 47.djvu/957

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Ces avantages risquent de lui paraître négligeables, surtout s’il les compare à ce que lui a coûté son armée. La Bulgarie reste inquiétante : elle n’a probablement pas dit son dernier mot, elle n’a pas fait son dernier geste, et qui sait si l’annonce d’une conférence prochaine ne la déterminera pas à brusquer encore les événemens ? Nous lisions l’autre jour, dans le Temps, une conversation suggestive que M. Stancioff, son ministre à Paris, avait avec un rédacteur de ce journal, M. Georges Villiers. « Le gouvernement bulgare, disait M. Stancioff, fera tout ce qui dépend de lui pour que la paix ne soit pas troublée dans la péninsule des Balkans. Toutefois, — et je vous prie de ne point voir dans cette réserve une menace, — nous n’hésiterions pas à intervenir si une cause sérieuse et grave nous y obligeait… J’entends par là ce que la conférence de La Haye a prévu lorsqu’elle a exclu, en matière d’arbitrage, les cas qui mettent en cause l’honneur et les intérêts vitaux. » Ainsi la paix de l’Orient, et peut-être de l’Europe, est à la merci d’un froissement que la Bulgarie sentirait dans son honneur ou dans ses intérêts. « Permettez-moi, a conclu M. Stancioff, de vous dire en terminant qu’il est à mon avis nécessaire et même urgent que les « grands » prennent une décision rapide sur leur attitude dans les Balkans, car la situation à l’heure actuelle est telle que le « bal sur un volcan » pourrait mal tourner. »

Nous parlerons bientôt de ceux que M. Stancioff appelle les « grands, » et de ce qu’ils ont à faire : épuisons d’abord ce qui nous reste à dire des petits. La Serbie, en apprenant l’annexion par l’Autriche de l’Herzégovine et de la Bosnie, a éprouvé une émotion violente que l’opinion a exprimée sans ménagement. Des cris de guerre ont été poussés dans les rues, au milieu d’une agitation extrême qui, loin de s’apaiser, s’exalte chaque jour davantage. Rien de plus naturel, de plus légitime que les appréhensions qu’on éprouve à Belgrade, car la majorité des Bosniaques sont des Serbes, et le jour où ils seront incorporés à l’Empire austro-hongrois, c’en sera fait des rêves qui avaient pour objet de ressusciter la Grande Serbie. Tous les peuples balkaniques, on le sait, font en lisant leur histoire des rêves du même genre ; mais seuls les Bulgares se sont mis en mesure de réaliser une partie des leurs. Les Serbes ne parlent de rien moins que de partir en guerre contre l’Autriche : ont-ils pour cela une armée suffisante, même avec l’appui qu’ils demandent au Monténégro, et que le Monténégro leur promet, dit-on ? Quand les traités sont déchirés, il n’y a pas d’autre question que