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Revues étrangères – Deux nouveaux conteurs russes : MM. Andréief et Artsibachef


C’est chose bien certaine que les gloires « vont vite, » aujourd’hui, dans l’Europe entière. A Londres comme à Berlin, — sans vouloir parler de chez nous, — il n’y a plus désormais de renommée si solidement établie qui ne risque de s’effondrer au premier coup de vent ; et l’on dirait, en vérité, que notre besoin croissant de simplification ne nous permet plus d’accepter qu’un seul grand homme à la fois, dans tous les genres divers de la littérature et des arts, — sauf pour nous à remplacer, chaque jour, le grand homme d’hier par un nom nouveau. Mais, quelque générale que soit devenue cette consommation de célébrités, nulle part assurément elle n’est encore aussi rapide qu’en Russie, ni aussi radicale dans ses procédés. « Je n’ai fait que passer : il n’était déjà plus ! » Ces mots du poète pourraient s’appliquer textuellement aux derniers successeurs de Gogol et de Tourguenef. Nous « passons, » nous omettons un instant de suivre les événemens littéraires de Saint-Pétersbourg : et, lorsque nous nous retournons vers eux, force nous est de constater que d’autres noms, dorénavant, ont pris la place de ceux que nous avions coutume de rencontrer sur toutes les lèvres. Tchekof, Gorky [1], Andréief, Artsibachef : autant d’étoiles que le public russe a vues s’élever tour à tour à son horizon poétique, depuis moins de dix ans, s’élever et briller d’un éclat merveilleux, mais chacune pour s’effacer à jamais aussitôt qu’une autre a commencé de poindre.

  1. Voyez, dans la Revue du 1er août 1901, l’étude du Vte E.-M. de Vogué sur Maxime Gorky : l’Œuvre et l’homme.