Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/477

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constamment apparaître les représentans des uns dans les réunions des autres. Leur tendance commune est de fonder un bloc d’un nouveau genre sur le principe de la solidarité de tous les travailleurs. Mais nous n’en sommes pas encore tout à fait là. La seule tentative intéressante qu’a suscitée la campagne de ces derniers jours a consisté à changer en syndicat l’association des P. T. T.

Les postiers, comme certains autres agens ou fonctionnaires de l’État, ont une superstition mystique pour la forme syndicale : ils s’imaginent que le syndicat a une vertu propre beaucoup plus active et plus efficace que celle de l’association, et surtout que le gouvernement le redoute davantage. Les simples obéissent à ce sentiment obscur et confus ; les meneurs plus habiles voient dans la conversion de l’association en syndicat un moyen de rattacher le monde du fonctionnarisme à celui du travail manuel et de préparer ainsi la formation du bloc dont nous venons de parler. Enfin, dans un grand nombre d’imaginations, l’instrument naturel du syndicat est la grève, de sorte que si les fonctionnaires se syndiquent, au lieu de s’associer, ils entendent signifier par cela même au gouvernement qu’ils se proposent de recourir à la grève pour faire prévaloir leur volonté sur la sienne. Affaire d’imagination, avons-nous dit : on a vu, en effet, il y a quelques semaines, les postiers se mettre en grève, quoiqu’ils fussent seulement associés et non pas syndiqués, ce qui prouve expérimentalement qu’il n’est pas indispensable de partir d’un syndicat pour aller à la grève et qu’une association peut y conduire tout aussi bien. La distinction qu’on établit, à ce point de vue, entre les deux systèmes d’agglomération et d’action est purement idéale. Quoi qu’il en soit, les associés de la P. T. T. ont pensé qu’ils feraient trembler le gouvernement en se syndiquant, et quelques-uns d’entre eux sont allés un matin au ministère de l’Intérieur pour se rendre compte de l’effet que produirait cette menace sur M. Clemenceau. Ils avaient seulement négligé d’avertir celui-ci de leur projet, et de lui demander une audience, de sorte que, lorsqu’ils se sont présentés au ministère, le ministre n’y était pas. Rien, dans ses fonctions, ne l’oblige à y rester du matin au soir pour attendre les visiteurs. Les postiers se sont alors rabattus sur l’Hôtel de Ville, et se sont présentés au bureau qui enregistre les déclarations de, syndicats : ils y ont déclaré que désormais la P. T. T. en serait un. On leur a délivré un récépissé où leur démarche est constatée comme un fait matériel, mais qui ne préjuge rien au sujet de sa légalité. C’est aux tribunaux à se prononcer sur ce point. La déclaration de syndicat, faite par les postiers, a été trans-