Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/499

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Bien souvent j’ai senti l’indignation gronder dans mon cœur. Que de fois j’ai effacé, aussitôt après les avoir écrites, des phrases irritées, afin de laisser à ce travail son caractère de lucidité mathématique ! Mais ici je ne puis plus me contenir, et je dis à ceux qui racontent ou insinuent que tous ou quelques-uns d’entre nous, avons trompé, par une supercherie, la Commission afin d’entraîner son vote et par suite celui de la Chambre : Vous êtes de lâches imposteurs, en qui je ne sais ce qu’il faut le plus détester, la débilité du jugement ou la perversité de la conscience.


VI

Guyot-Montpayroux, autre membre de l’opposition, soutint le rapport et, en l’appuyant, il traduisait l’opinion de la majorité du pays : la guerre était dans la force même des choses ; l’ajournement ne ferait qu’accroître les dangers. Gambetta prononça un discours artificieux qui, en paraissant être contre la guerre, lui était cependant favorable. L’intention de se distinguer de Thiers y perce à tout instant. En effet, il affirme « qu’il ne sortira pas de sa bouche une parole qui puisse servir à l’étranger, » sous-entendu : comme vient de le faire M. Thiers. Thiers avait trouvé naturel que le roi de Prusse ne voulût prendre aucun engagement pour l’avenir, Gambetta comprend que « cela nous ait émus » et il accorde « qu’il nous appartenait d’insister pour avoir satisfaction. » Thiers avait considéré comme une susceptibilité exagérée le sentiment que nous avait inspiré le refus public de recevoir notre ambassadeur, Gambetta conçoit que nous trouvions « le procédé blessant et irrégulier. » Il voulait bien une guerre, mais la sienne, celle qu’il avait célébrée dans la fameuse harangue de la rue de la Sourdière : le ministère motivait mal la sienne ; il cherchait « dans de misérables ressources les raisons décisives de sa conduite ; il n’invoquait pas les véritables griefs, il faisait reposer tout le casus belli sur les mauvais procédés d’Ems, au lieu de justifier ses résolutions par la nécessité de réparer une politique que lui « déplore, déteste, la politique de 1866. » Comme les députés de la Droite, il me reprocha de ne pas faire de la guerre une revanche préméditée de cette défaillance.

Cependant il s’associa aux exigences de ses collègues, dont il n’avait pas l’audace de s’affranchir, et s’efforça de démontrer que le motif que nous donnions à notre susceptibilité n’était pas