Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/500

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justifié ; il s’attendait à ce que la pièce, sur laquelle nous ferions reposer à tort tout le casus belli, serait communiquée directement, pleinement, intégralement à la Commission. « Vous ne nous avez pas donné toutes les satisfactions de certitude qui nous étaient dues. » Le président de la Commission, d’Albufera, interrompit : « La Commission les a reçues toutes ; je l’affirme sur l’honneur. » Gambetta insista. D’Albufera l’interrompit de nouveau : « La Commission a lu la dépêche. » Gramont ajouta : « Je déclare que j’ai communiqué la pièce à la Commission et qu’elle l’a lue. » Les membres de la Commission confirmèrent : « Oui ! oui ! » D’Albufera reprit : « Nous déclarons que nous l’avons lue et, si vous ne nous croyez pas, il fallait nommer d’autres commissaires. »

Il n’était pas possible de n’être pas convaincu et arrêté par des affirmations aussi péremptoires données par de tels hommes. Aussi cette fois Gambetta coupa court et, oubliant qu’il venait de se contenter d’une communication à la Commission, il dit : « S’il est vrai que cette dépêche soit assez grave pour avoir fait prendre ces résolutions, vous avez un devoir, ce n’est pas de la communiquer seulement aux membres de la Commission et à la Chambre, c’est de la communiquer à la France et à l’Europe ; et si vous ne le faites pas, votre guerre n’est qu’un prétexte voilé, et elle ne sera pas nationale. » (Réclamations nombreuses. — Approbation sur plusieurs bancs à gauche.) Talhouët protesta : « Nous avons eu les dépêches de quatre ou cinq de nos représentai dans les différentes cours de l’Europe qui reproduisent ce document presque exactement dans les mêmes termes. » — Voix nombreuses : Très bien ! très bien ! — Allez ! allez ! — Aux voix ! aux voix ! — La Chambre en avait assez. On vota. Deux cent quarante-cinq voix approuvèrent les crédits. Six seulement se prononcèrent contre.

Pendant qu’on dépouillait le scrutin, je rencontrai Gambetta dans la salle des Conférences : « Comment, lui dis-je, pouvez-vous contester l’existence des dépêches dont je vous ai donné lecture ? Je vous les montrerai si vous le désirez. — Je ne les conteste pas, dit Gambetta, mais vous n’avez pas tout lu. — C’est vrai, Gramont a tout montré à la Commission, mais je n’ai pas lu la fin de la dépêche de Cadore, de Munich, annonçant au roi de Bavière que Benedetti avait abordé irrévérencieusement le Roi sur la promenade. — Eh bien ! c’est précisément ce que