Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/654

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C’est en vain que les eaux écumeuses et blanches,
Captives tout en pleurs des lourds bassins romains,
S’élèvent bruyamment, s’ébattent et s’épanchent,
Neptune les tient dans sa main.

Je contemple la rage impuissante des ondes
Dans cette vague éparse en la jaune cité,
C’est vous qu’on voit jaillir, conductrice des mondes,
Amère et douce Aphrodite !

L’odeur de la chaleur languissante et créole
Stagne entre les maisons qui gonflent de soleil ;
Comme un coureur ailé le ciel bifurque et vole
Au bord tranchant des toits vermeils ;

Et là-bas, sous l’azur qui toujours se dévide,
Un jet d’eau turbulent et lassé tour à tour,
Semble un flambeau d’argent, une torche liquide
Qu’agite le poing de l’Amour.

Rome ploie accablé de grappes odorantes,
La surhumaine vie envahit l’air ancien,
Les chapiteaux brisés font fleurir leurs acanthes
Aux thermes de Dioclétien !

Dans ce cloître pâmé, des bacchantes blêmies
Gisent ; silence, azur, léthargiques dédains !
Le soleil tombe en feu sur la gorge endormie
De ces Danaés des jardins.

Ils dorment là, liés par les roses païennes,
Ces corps de marbre blond, las et voluptueux :
O mes sœurs du ciel grec, chères Milésiennes,
Que de siècles sont sur vos yeux !

L’une d’elles voudrait se dégager. Sa hanche
Soulève le sommeil ainsi qu’un flot trop lourd,
Mais tout le poids des temps et de l’azur la penche,
Elle rêve là pour toujours.