Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/76

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Gramont put se convaincre, dès son retour au ministère, de la façon dont on interpréterait sa dépêche de Saint-Cloud. Lyons étant venu le voir, il ne lui dissimula pas ses objections sur le caractère insuffisant de l’acte du prince Antoine, et l’impossibilité, en présence de l’excitation de l’esprit public, de clore l’incident, sans avoir obtenu une satisfaction quelconque du roi de Prusse. Lyons exprima sa surprise. Il représenta que la situation était complètement modifiée : « Si la guerre survenait maintenant, toute l’Europe dirait que c’est le fait de la France, qu’elle s’est jetée dans une querelle sans cause sérieuse, par orgueil et par ressentiment. Peut-être, au premier moment, la Chambre et le pays exprimeraient quelque désappointement d’une résolution pacifique ; mais le ministère est dans une meilleure situation s’il se contente de son triomphe diplomatique que s’il plonge le pays dans une guerre pour laquelle n’existe aucun motif avouable. » Il insista surtout sur les assurances qu’il avait été formellement autorisé à donner au gouvernement de la Reine, que, si le prince retirait sa candidature, tout serait terminé. C’était le langage même de la raison et de l’amitié. Gramont reconnut qu’il l’avait en effet autorisé à donner ces assurances, à la condition toutefois, que Lyons oubliait, que le prince Léopold retirerait sa candidature sur le conseil du roi de Prusse : ce conseil impliquait la garantie tacite que la candidature ne serait pas reprise. Le roi de Prusse avait refusé de donner ce conseil et il nous faisait déclarer par son ambassadeur qu’il était étranger à la résolution toute spontanée du prince Antoine ; dès lors, la garantie sur laquelle nous comptions, à laquelle nous avions subordonné la fin de l’affaire, n’avait pas été obtenue. En raisonnant de la sorte, Gramont oubliait sa dépêche de 1 h. 40, dans laquelle, supposant une renonciation sans l’ordre ou le conseil du Roi, il se contentait d’une participation indirecte à une renonciation spontanée, et il n’avait aucune raison de croire, lorsqu’il consentit à lancer sa dépêche, que cette participation ne se produirait pas. Cependant, frappé des observations de l’ambassadeur, voulant, peut-être, se préparer une retraite, il dit à Lyons que la résolution définitive serait arrêtée dans le Conseil du lendemain et annoncée aussitôt après aux Chambres.