Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/768

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Montgaillard, ces maîtres incontestés en la science de bien trahir. L’historien l’ignore, et seuls les curieux de vilenies humaines le regardent et passent.


Coin-Clément et Anselme Truck subirent sept années d’emprisonnement, puis un jour de Saint-Napoléon, l’Empereur et Roi daigna les gracier. Moins chanceux, cependant, que l’ami Donnadieu, n’étant généraux ni barons, le Tondu et le mirliflore ressentaient de cuisans chagrins, quand, par bonheur pour eux, Louis le Bien-Aimé rentra parmi les siens… « Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ?… » La curée des places et pensions commençait ; les deux compères de Nicolas réclamèrent donc des pensions et des places. Ils firent valoir la foi toute royaliste de leur jacobinisme, et prétendirent, non sans raison peut-être, avoir servi de modèle à George Cadoudal. Mais les grands assassins de l’an XII étaient mieux patronnés ; on s’occupa d’abord de ces gentilshommes, et les deux croquans, petits scélérats de l’an X, furent obligés de prendre patience. Enfin, on les rémunéra ; la munificence de Louis XVIII leur daigna octroyer une somme de cinq cents francs : ces Bourbons sont demeurés fameux par le sans-gêne de leur gratitude. Si royalement traités, le Tondu grisonnant et le muscadin fourbu connurent-ils encore d’heureux soirs chez le fricasseur à quarante sous et l’accueillante demoiselle ? Nous ne savons… Au surplus, deux ingrats ! Leurs dossiers ne contiennent aucun dithyrambe de reconnaissance.


Entré dans la vie sous une maligne étoile, — « l’astre injurieux » de nos classiques, — Marius Bernard, le grenadier poète, éprouva toutes les rigueurs du sort. On l’interna dans l’île d’Oléron, loin du café Voltaire, des guéridons et des rogommes d’une tabagie trop aimée. C’était, au demeurant, un brave homme, plus naïf que mauvais, un poursuivant de la chimère qu’il atteignait souvent au fond de la bouteille. Ivrogne, le pauvre hère, mais d’une ivresse consolatrice ! Soumis à ses surveillans, bien noté, ayant pris, un jour, le fusil pour repousser l’Anglais, Marius se comporta en détenu modèle. Aussi, le duc de Rovigo, ministre de la Police, s’efforça-t-il de le faire élargir. Il proposa la grâce d’un homme que trouaient cinq blessures ; Napoléon fut inexorable : un Donnadieu lui suffisait. Perdant alors toute