Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/838

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Nul bruit, que le fusil éloigné d’un chasseur ;
Déjà le soir étreint de tristesse navrante
Le paysage nu qui semble plus étroit,

A peine ai-je besoin de dire, « les plus désespérés étant les plus beaux, » que les vers d’adieu, après la séparation définitive, sont les plus marqués du caractère de la grandeur. Ce qui m’en plaît, c’est qu’ils ne sont pas touchans, attendrissans ; ils sont fermes, graves et d’une douleur qui, pour un peu plus, serait sans parole. S’il y a un paysage intérieur, comme dit M. Zyromski, celui du poète, à ce moment, était un mont âpre et nu d’où la vue s’étendait sur un désert :

Ainsi nous resterons séparés dans la vie,
Et nos cœurs et nos corps s’appelleront en vain
Sans se joindre jamais en un instant divin
D’humaine passion d’elle-même assouvie.

Puis quand nous gagnerons le suprême sommeil,
Ils t’enseveliront loin de mon cimetière ;
Nous serons exilés l’un de l’autre en la terre
Après l’avoir été sous l’éclat du soleil.

Des marbres différens porteront sur leur lame
Nos noms, nos tristes noms à jamais désunis ;
Et le puissant amour qui brûle dans notre âme,

Laissant de soi bien moins que le moindre des nids,
Sans avoir allumé d’autre vie à sa flamme
Tombera dans l’horreur des néans infinis.

Le Chemin des saisons, moins tendre, moins passionné, moins pathétique, plus pittoresque, plus varié et d’une facture plus assurée, nous offre des pièces d’anthologie qui sont exquises. Un peu forcé de choisir les plus courtes, je citerai le Vieux pont.

Sur le vieux pont verdi de mousse
Et tout rongé de lichen roux,
Deux amans parlaient à voix douce :
Et c’étaient nous.

Lui penché tendrement vers elle
Lui disait l’amour et la foi
Qu’il portait en son cœur fidèle ;
Et c’était moi.