Page:Revue des Deux Mondes - 1909 - tome 51.djvu/877

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baron d’Æhrenthal ; si elles n’y parviennent pas, le moindre incident dans les Balkans peut devenir l’origine des pires calamités.

La France a fait la preuve, dans la dernière crise, que son alliance et ses amitiés n’ont pas d’objet caché ; elles n’ont qu’un but, le maintien d’un juste équilibre et de la paix générale. L’Allemagne a pendu justice à la politique ferme, loyale et prudente de M. Pichon en signant l’accord qui clôt le différend marocain ; l’Autriche-Hongrie, par sa diplomatie et par sa presse, a témoigné qu’elle avait apprécié ses efforts pacificateurs. La politique française a correspondu au vœu unanime de tous les peuples et de tous les rois en travaillant de son mieux à une paix dont le monde n’a jamais eu plus besoin.

Cette rapide revue des Etats européens qui ont été particulièrement mêlés à la dernière crise serait incomplète si nous ne disions un mot de quelques pays balkaniques.

L’annexion de la Bosnie-Herzégovine et la proclamation de l’indépendance de la Bulgarie ont d’abord provoqué l’indignation et les plaintes de la Turquie régénérée : en réalité, les derniers événemens ont consolidé, consacré, le régime constitutionnel. Les Turcs ont perdu deux provinces qu’ils ne possédaient plus, en fait, depuis trente ans, mais ils ont reçu, de l’Autriche comme de la Bulgarie, de grosses indemnités qui ne valent pas seulement par le secours matériel qu’elles leur apportent dans un moment difficile, mais surtout par la démonstration qu’elles fournissent des égards auxquels toutes les nations se croient tenues en présence du vaillant effort de régénération des Ottomans. A la solution de la crise, c’est peut-être, tout mis en balance, la Turquie qui a le plus gagné.

L’Europe compte un roi de plus, mais il ne serait pas vrai de dire que, par là, il n’y a rien de changé en Europe. La Bulgarie, qui était déjà une force, est devenue une puissance. Elle entrera, comme un appoint décisif, dans toutes les combinaisons qui peuvent se préparer en Orient ; il ne se fera rien, dans les Balkans, sans qu’elle y ait un rôle considérable et sans qu’elle y recueille la meilleure part des bénéfices. La France a suivi avec un tout particulier intérêt, avec une sympathie qui n’est pas demeurée platonique, le jeu merveilleusement souple et nuancé du roi Ferdinand Ier : la prudence s’y marie à l’audace ; la réalité pacifique y fait contraste avec les démonstrations