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LE JEUNE ORFÈVRE


Mieux qu’aucun maître inscrit au livre de maîtrise
J. -M. DE HEREDIA. Le vieil Orfèvre.

Il n’est pas défendu, quand le maître est sorti,
Ayant, sa tâche faite, achevé sa journée,
Qu’au lieu de délaisser la forge abandonnée,
A son tour, au travail s’exerce l’apprenti.

Le voilà seul. Sa main touche sur l’établi
Le poinçon glorieux et par qui fut signée
La bague au fier chaton savamment façonnée
Où brille le béryl dans l’or courbe serti.

Mais soudain, rougissant de sa naïve audace,
Il lui semble qu’un œil le raille et le menace
Dans le rubis farouche et le clair diamant ;

Hélas ! son nom encor n’est pas inscrit au Livre
Et, modeste, il s’essaie à fixer humblement
Une perle de verre en un cercle de cuivre.


CORNEILLE


Lorsque par lui le Cid tira sa jeune épée,
La France tressaillit d’un tragique frisson
A voir le fils venger — et de quelle façon ! —
La paternelle joue indignement frappée.

Puis ce furent Horace et, de pourpre drapée,
Rome tendant les bras à ce fier nourrisson,
La clémence d’Auguste et sa noble leçon
Et Rodogune avec Polyeucte et Pompée.

Mais le feuillage meurt avant l’arbre vieilli,
Et le plus beau laurier défend-il de l’oubli
Puisque son siècle fut ingrat au grand Corneille ?

Et qu’il fallut, un jour, que la Postérité,
Pareille à quelque Cid en qui l’honneur s’éveille,
Rajustât sa couronne à ce front irrité ?