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repentir sincère de toutes les fautes de votre vie ! » Alors il fit un mouvement comme pour s’avancer vers moi : je m’approchai, et aussitôt ses deux mains saisissant les miennes, et les pressant avec une force et une émotion extraordinaires, il ne les quitta plus, pendant tout le temps que dura sa confession ; j’eus même besoin d’un assez grand effort pour dégager ma main des siennes, quand le moment de donner l’absolution fut venu.

Il la reçut avec une humilité, un attendrissement, une foi qui me firent verser des larmes et qui, sans doute, touchèrent le cœur de Dieu, et firent descendre sur cette tête humiliée la miséricorde et le pardon…

Après son absolution, je ne pouvais me détacher de lui ; je ne sais quels liens puissans m’enchaînaient à ses côtés. Il fallut cependant le laisser se reposer d’une fatigue qui devait être très grande pour son état de faiblesse. Je voulais m’éloigner : c’est alors que, levant ses yeux défaillans vers moi, il me rappela, et, me prenant de nouveau les mains avec affection, il prononça très distinctement ces paroles : « Dites bien à M. l’archevêque… » Il continua, mais son extrême faiblesse ne lui permit pas de continuer assez haut pour être entendu. M. le duc de Valençay et M. de Bacourt, qui soutenaient en ce moment sa tête, et moi, nous approchâmes, et je lui dis : « Prince, que désirez-vous que je dise à Mgr l’archevêque ? » Il fit un nouvel effort et reprit : « Dites-lui bien que je… » Il continua encore, mais nous ne pûmes saisir le sens des paroles que ses lèvres, assez longtemps agitées, prononcèrent visiblement.

Pour le reposer et lui épargner cette fatigue qui était pénible à voir, je repris moi-même : « Il est certain, mon Prince, que Mgr l’archevêque vous est profondément dévoué, à vous, à toute votre famille ; et vous savez combien il aimait et vénérait le pieux cardinal de Périgord, votre oncle. — Et vous savez, mon oncle, reprit alors M. le duc de Valençay, combien Mgr l’archevêque vous est, surtout à vous, demeuré toujours attaché. — Au point, repris-je, que, ce matin encore, il me disait qu’il donnerait volontiers sa vie pour vous. » Son émotion, à ces mots, fut extrême ; il fit un grand effort, et nous entendîmes très distinctement ces paroles : « Dites-lui qu’il a un bien meilleur usage à en faire !… » Puis, il retomba dans une sorte d’anéantissement, dont nous voulûmes au moins respecter, en ce moment, l’effrayant et triste repos.