Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/118

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Le roman français [1]


VI. LA SENSITIVE ET L’HOMME DE BONNE COMPAGNIE LA MARIANNE [2]

A propos de Rousseau et des personnages qu’il a créés à son image, on a vu ce qu’on peut appeler la sensibilité à la fois philosophique et tragique. La sensibilité de Rousseau est philosophique parce qu’elle est une doctrine, un système ; Rousseau fait sortir de son cœur une religion, une politique, une morale. Ensuite, la sensibilité de Rousseau est tragique, d’abord par son intensité même, son incroyable puissance, par la véhémence de son langage, par les orages qu’elle soulève dans l’âme de Rousseau. Elle est tragique encore parce que, se considérant elle-même comme un principe, elle aspire à bouleverser et à renouveler la société ; elle est essentiellement révolutionnaire. Le bon sens demande et imagine des réformes ; le sentiment passionné et exalté s’indigne contre ce qui est et rêve de tout détruire pour tout reconstruire. La sensibilité de Rousseau était grosse de troubles, elle évoquait les tempêtes qui répondirent à son appel.

Mais la sensibilité tragique ne peut être qu’une exception ; toutes les vies ne sont pas des tragédies, et c’est heureux. Pour trouver la fidèle expression de la sensibilité dans le roman,

  1. Voyez la Revue du 1er juin.
  2. Copyright by M. Gabriel Lippmann.