Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/15

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de l’armée anglaise, venant de Paris, rend quelque espoir à la Pucelle : une bataille éclaircirait cette atmosphère trouble où l’on avance dans l’obscurité : mais, de part et d’autre, on sait que l’on négocie. Le Roi s’approche, en hésitant, de Paris par Crépy-en-Valois, Lagny-le-Sec, presque gêné par l’élan du pays, par le mouvement des populations qui s’offrent à lui et ne demandent que sa présence pour se déclarer.

Le parti des « Bourguignons » a tellement hâte de conclure qu’il apporte au duc, à Arras, les propositions, — probablement délibérées à Provins, — qui mettent le royaume de France à sa discrétion. Il suffit de mentionner la plus grave de ces concessions pour faire apprécier la différence des vues de ces négociateurs avec celles de Jeanne d’Arc : « Le duc et ses vassaux seront, durant la vie du Roi, exempts de tout hommage ou serment de fidélité ; » en outre, en ce qui regarde la personne du duc, « il sera exempt de toutes choses dudit roi Charles, sa vie durant. » Voilà ce qu’offrait ce roi, consacré d’hier, à son vassal : une pleine et entière indépendance, du moins à titre viager. Philippe le Bon voit se réaliser le rêve si longtemps caressé ! En outre, il obtient la cession, par manière d’apanages, de toutes les terres et seigneuries qu’il tient et qui ont fait partie du domaine royal, sans parler de ses terres anciennes et de celles qui pourront lui être données.

Et le duc n’est pas satisfait ! Il a retenu, près de lui, les émissaires du duc de Bedford. Un de ses conseillers les plus avisés, Hugues de Lannoy qui était près du régent, accourt et répète les paroles de Bedford adjurant le Duc de Bourgogne de ne pas manquer au serment qu’il a prêté au roi Henri V [1].

Le duc Philippe renvoie la balle ; il s’ouvre aux Anglais des propositions qui lui sont faites au nom de Charles VII. Le régent anglais ne sait comment soutenir la concurrence ; il trouve le moyen d’offrir davantage encore. Le 13 août, il nomme le duc Philippe gouverneur de Paris avec lieutenance du roi Henri VI sur toute la partie de la France qui n’est pas au pouvoir de Charles VII, sauf la Normandie. Le voilà donc libéré, par l’un, de toute vassalité, par l’autre, maître de Paris ; son domaine s’agrandit chaque jour.

  1. Monstrelet, dans Procès (IV, 390). Monstrelet était présent ; il raconte l’ambassade des Français auprès de Philippe le Bon et parait croire aux sentimens pacifiques de son maître, que les faits démentirent.