Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/16

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Dans cette prodigieuse fortune, il ne perd pas la tête. L’édifice de papier peut encore s’écrouler, si on ne l’appuie immédiatement sur des réalités. Ces réalités, ce sont les occupations effectives et c’est à cela que le grand-duc travaille sans discontinuer.

Avant tout, il faut arrêter Charles VII et la Pucelle qui s’avancent vers Paris et qui peuvent réduire à néant, par un coup de main heureux, la fameuse lieutenance. Le 28 août, une ambassade bourguignonne, qui a rejoint le Roi à Compiègne, signe, avec les ministres du Roi, une trêve générale, que ceux-ci se hâtent de publier par lettres patentes du même jour. Or, le 28 août, la Pucelle et l’armée royale arrivent sous Paris.

Par ces trêves si opportunes, on promet, une fois de plus, la paix ; une réunion, ayant la paix pour objet, aura lieu à Auxerre, au printemps suivant. En attendant, la trêve suspend les hostilités et fait, de Philippe le Bon, l’arbitre et le séquestre des régions sur lesquelles le roi Charles VII n’avait qu’à tendre la main. Il est entendu que la trêve s’applique à la fois à la Bourgogne et à l’Angleterre (quoique cette puissance n’eût pas pris part directement aux négociations). Il est entendu, en outre, que la trêve générale et abstinence de guerre s’étend, pour les trois belligérans, à tous les pays situés au nord de la Seine depuis Nogent-sur-Seine jusqu’à Harfleur, sauf les villes, places et forteresses formant passage sur la Seine, mais « à l’exception de Paris où le Duc de Bourgogne pouvoit, en cas d’attaque des troupes royales, mettre garnison. En outre, il est stipulé que les deux parties ne pourroient, pendant les trêves, s’emparer d’aucune des villes situées dans les limites indiquées ni en recevoir obéissance, à moins que ces villes ne fissent volontairement leur soumission. »

Encore une fois, cet accord est signé et promulgué d’urgence, le 28 août, le jour même où Jeanne d’Arc, arrivée de la veille à Saint-Denis, prenait ses dispositions pour attaquer Paris. Paris était mis sous la sauvegarde de la trêve, c’est-à-dire du Duc de Bourgogne. La capitale ne pouvait plus être prise légitimement. Philippe le Bon s’interposait à l’heure critique. Il arrêtait la fortune croissante et presque terrifiante de la cause royale. Jeanne d’Arc était cernée.

Cette situation fut « consolidée, » du côté anglais, par les lettres du roi Henri VI, datées du 13 octobre 1429, conférant à