Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/185

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Durance n’a donc pas été causé par la disparition des forêts. Il tient à ce que depuis vingt ans il neige moins et que les glaciers du Pelvoux, du Viso et d’autres montagnes, comme ceux de toutes les Alpes, reculent et diminuent en surface et en profondeur ; à ce que, en un mot, les immenses réservoirs d’eau existans entre 2 000 et 4 000 mètres ne sont plus temporairement aussi bien approvisionnés en été.

Nos torrens en activité, c’est-à-dire causant des dommages périodiques, à intervalles plus ou moins courts, ne sont pas 50. Chacun recouvre de limon, de sable ou de pierrailles au maximum 25 ares tous les quatre ou cinq ans. Au lieu de 200 000 hectares dans nos Alpes seules, à peine enlizent-ils 2 ou 3 hectares par an. Les torrens résultent des formes des montagnes, et ces formes tiennent à la constitution géologique. Partout les mêmes convulsions du globe sous des climats semblables ont produit des torrens identiques, les mêmes répartitions de cultures, les mêmes forêts. Et la France n’a pas de montagnes, à égalité de circonstances d’altitude, de latitude et de terrain, qui aient rien à envier à celles d’aucun autre pays.

En 1907, les dommages éprouvés par les départemens inondés du Centre et du Midi ont été fixés par le Gouvernement à 11 millions, propriétés, routes et canaux compris. A ce chiffre, il reste à ajouter les dépenses imposées aux compagnies P.-L.-M. Et du Midi pour la réparation des chemins de fer : elles ont été de 1 360 000 francs. Majorons le total considérablement, et élevons-le à 20 millions. Comme nos annales démontrent que ces événemens ne se reproduisent que tous les dix ans, on voit que le chiffre de 2 millions que j’ai posé plus haut comme moyenne approximative annuelle des ravages des eaux de montagne n’est vraisemblablement pas dépassé et même qu’il tient compte largement des petites inondations partielles interdécennales.

Qu’on nous permette de dire ici que notre article était écrit, il y a plus d’un an déjà. Depuis, de douloureux événemens sont venus démentir la loi de périodicité antérieurement remarquée. L’évaluation exacte des désastres de janvier dernier, répartie sur un siècle, ajoutera-t-elle une unité ou une fraction d’unité seulement à la moyenne que je viens de donner ? Je ne sais. Mais ce qui est certain, c’est que les crues de la Seine, dont le bassin n’est formé que de collines peu élevées, d’ondulations légères et de vastes plaines, où les forêts occupent