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CENDRES DE RÊVE


Ce jour aux clartés d’agonie,
Qui limpide et pur se leva,
Silencieusement s’en va
Dans sa noble gloire in ternie.

Il s’éteint comme il a brillé,
Magnifié de tant de grâce,
Que ma vie infiniment lasse
Le croit par l’amour envoyé.

Demeure béni, destin juste,
Qui toujours me fus décevant
Et me ployas comme le vent
D’orage courbe un frêle arbuste ;

Car je garde en mon cœur amer,
Que nulle épreuve ne courrouce,
La résignation plus douce
Et le renoncement plus fier.


SOIRS DE LABEUR


Mes jours pareils s’en vont en monotone file.
Je prépare des mets simples ; je couds, je file
Ma quenouille de chanvre ou mes fuseaux de lin ;
Puis je vide le pis du lait dont il est plein.
Mais, lorsque le soleil vers l’océan s’incline,
Je gravis, chaque soir, cette molle colline
Qui garde le parfum de nos premiers aveux,
Et, précédé du couple aux noirs mufles baveux,
J’accueille à son retour des champs, sous ce vieux hêtre,
Impatiente encor de le voir apparaître,
Tandis que bat mon cœur à coups pressés et doux,
L’homme que j’ai choisi pour guide et pour époux.
Et chaque soir, avec le soc qui fouille et creuse
Ayant au sable humide ou dans l’argile ocreuse