Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/222

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Mille essaims bourdonnaient vers mon front ceint de fleurs,
Dont le miel savoureux n’embaume plus ma lèvre.
Des désirs d’autrefois le sort ingrat me sèvre,
Et l’angoisse a terni mes yeux brûlés de pleurs.

Tout ce qui mit un peu d’harmonie en mes rêves
S’efface ainsi qu’au loin la lumière décroît.
Du sépulcre entr’ouvert m’arrive un souffle froid
Pareil au vent maudit des stygiennes grèves.

Et les illusions qui, chantant et dansant,
M’emportaient dans leur ronde eurythmique et légère,
Hors des lieux où je souffre et des chemins où j’erre
Déroulent aujourd’hui leur groupe adolescent.

Ah ! sur tant d’innocence envolée et de grâce
Mourante et d’idéal évanoui, sur tant
De charmes disparus que la poussière attend,
Sur tout ce qui se fane et sur tout ce qui passe ;

Sur ces restes navrans de chimère et d’espoir,
Sur ces mornes débris de ma douleur si fière
Et que bientôt viendra sceller la lourde pierre
Qui, pour l’éternité, nous fait l’horizon noir,

Puissé-je, dans ma tombe à peine refermée,
Sentir le germe amer de ce laurier tardif
Qui mêle un rameau vert aux sombres branches d’if
Et que garde la Gloire à ceux qui l’ont aimée.


LEONCE DEPONT.