Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/239

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le choix entre eux sera matière à conciliation. Toutefois M. Briand a déclaré tout de suite, aux applaudissemens de la grande majorité de la Chambre, que, dans la loi qui fixerait leur statut, il serait interdit aux fonctionnaires de se syndiquer, de se rattacher à la Confédération générale du Travail et de se mettre en grève. Il a dit, en passant, aux collectivistes qu’il connaît bien, quelques vérités assez dures que M. Jules Guesde a relevées avec amertume. Il a même fait allusion à l’esprit de tyrannie qui règne parmi les socialistes, en dépit de toutes les libertés qu’ils revendiquent ailleurs ; à quoi M. Guesde a répondu que le socialisme étant à l’état de guerre contre la société actuelle devait avoir la discipline d’une armée. Nous craignons, s’il l’emportait jamais, qu’il n’imposât cette discipline partout. Après les paroles prononcées de part et d’autre, on ne voit guère de conciliation possible entre les collectivistes et le gouvernement, d’autant plus que ces paroles de M. le président du Conseil ont été applaudies par la Chambre avec un véritable enthousiasme. Là sera le point du conflit prochain avec l’extrême gauche. Avec la droite, il sera dans les questions scolaires. M. Piou, auquel M. Briand a succédé à la tribune, les avait traitées avec éloquence. — Liberté de l’enseignement, soit, a dit M. le président du Conseil ; mais nous avons le droit de contrôler l’enseignement libre, ne fût-ce que pour nous assurer qu’il est effectivement donné dans les écoles. — Soit, dirons-nous à notre tour ; les lois actuelles, sans qu’on en fasse de nouvelles, autorisent ce contrôle ; mais ici, comme ailleurs, la vraie question est une question de mesure ; il s’agit de savoir si cette mesure sera seulement remplie, ou si elle sera dépassée. Il en est de même de l’impôt sur le revenu, des monopoles, de tout enfin : c’est à l’œuvre, et non pas aux paroles, qu’on jugera l’ouvrier. Les paroles de M. Briand ont d’ailleurs été, sur les points essentiels, satisfaisantes ; sur les autres, elles ont été ce qu’elles pouvaient être en présence d’une majorité encore indéterminée ; mais aucune, à l’exception peut-être de celles qui ont été adressées aux unifiés, n’a créé de l’irréparable entre le gouvernement et les groupes. Malgré sa fermeté. M. le président du Conseil n’a pas oublié son habileté.

Les applaudissemens qui sont partis de presque tous les bancs lorsqu’il est descendu de la tribune lui promettent une majorité certaine et sans doute considérable. Le prestige de la parole a visiblement agi sur une assemblée dont plus du tiers n’est pas habitué aux discussions parlementaires et n’avait pas encore entendu M. Briand. Cette impression se maintiendra jusqu’au vote, et plus