Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/269

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l’avait reçu des mains de Pierre Cauchon, en présence de son épouse Anne de Bourgogne. Les évêques de Thérouanne, de Noyon, d’Avranches et d’Evreux assistaient à la cérémonie, ainsi que le chantre et le trésorier de la cathédrale, les archidiacres d’Eu, du Vexin français et du Petit-Caux. Il y avait là, également, une grande foule d’abbés, de prieurs, d’ecclésiastiques, de chevaliers, d’écuyers, de dames et damoiselles [1]. » Le chanoine Couppequesne (qui devait être un des juges de Jeanne d’Arc) prononça un éloquent discours et, quand le régent se fut humblement agenouillé devant le Christ, il avait révolu son haut et puissant confrère du surplis et de l’aumusse. Cérémonie grandement édifiante !

Ainsi tout était prêt pour recevoir Jeanne d’Arc. Le château solidement muni, les résistances contenues, les consciences terrifiées ou gagnées. Rouen, détachée, en apparence, de la société française, allait entendre la parole douloureuse de celle qui reprenait possession de la ville en lui apportant, par son martyre, non la malédiction, mais le salut : Ah ! Rouen, Rouen, seras-tu ma dernière demeure ? seras-tu ma maison ?

Bedford et Winchester, pour achever le programme si savamment combiné, n’avaient plus qu’à passer la main aux Bourguignons, aux Français « retournés, » au tribunal des clercs.


III

Les clercs et les universitaires savent bien que la régence des âmes leur appartient, et, si les choses étaient comme elles doivent être, ils auraient aussi celle des peuples. Le bon « Bourgeois de Paris, » Jean Chuffart, personnage très docte, chancelier de Notre-Dame et régent de la faculté en décret, s’explique, là-dessus, en toute simplicité : « Un roy doit savoir quels sont les meilleurs clercs de son royaume et universités, et les promouvoir…, et doit le Roi souverainement aimer un clerc preud’homme, et est un grand trésor d’un tel homme… Le Roy devroit avoir avec luy des meilleurs aagés clercs, saiges et experts et bien renommés qu’il pourroit fîner [2]. » Où trouver

  1. Sarrazin, Rouen (p. 168).
  2. Voyez « Advis à la Royne Isabelle, » Bibliothèque de l’École des Chartes. 6e série (t. II, p. 145-150) ; et Cf. Tuetey, Introduction au Journal du Bourgeois de Paris, publié pour la Société de l’Histoire de Paris (p. XXVI).