Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/276

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diplomate, de même que sa résolution et son allant en feront un révolutionnaire et un émeutier. Dans ce Fouquier-Tinville, il y a du Talleyrand et du Marat.

En 1407, on le voit figurer, jeune encore, parmi les ambassadeurs, — évêques et abbés les plus considérables du royaume, — envoyés par Charles VI auprès de l’antipape d’Avignon, Benoît XIII, pour mettre fin au schisme. Il se fait, dès lors, une compétence en ces affaires religieuses qui furent les grandes affaires du temps, et il commence à cumuler, sans vergogne, les bénéfices lucratifs.

Rentré à Paris, il se donne, corps et âme, à la cause bourguignonne et cabochienne, et devient l’homme de confiance de la fameuse corporation des bouchers qui terrorise la ville. Ceux-ci le désignent pour faire partie de la Commission chargée d’ « enquêter » les Armagnacs ; justice sommaire et expéditive : « ne falloit guère faire information, dit Jouvenel des Ursins, et suffisoit de dire : celui-là l’est ! Les riches étoient mis à finance ; ceux qui n’avoient de quoi, on ne savoit ce qu’ils devenoient. » Voilà un juge !

Autre trait : dans ces luttes, il est l’adversaire personnel de Jean Gerson ; en cela, d’accord avec maître Jean Chuffart, confident d’Isabeau de Bavière, qui prit la place de l’illustre docteur, comme chancelier de Notre-Dame. Jean Chuffart, c’est, devant l’histoire, la voix de Pierre Cauchon : nous tenons les deux compères. Mais Cauchon a plus de vigueur et un plus fort coup de gueule : il ne se contente pas de limer des phrases venimeuses dans le secret ; il lui faut les larges résonances de la place publique.

En 1413, il se met à la tête des émeutiers qui, avec Jean de Troyes et Caboche, envahissent l’hôtel de Guyenne et font passer un si mauvais quart d’heure au Dauphin. Il fait partie de la Commission qui rédige la fameuse ordonnance cabochienne : réformateur et législateur, comme il convient [1]. On peut dire que ces journées décident de sa carrière. Ayant choisi son parti, il ira jusqu’au bout : violent et « aigre homme, » habile en procédure, décidé aux derniers moyens pour suivre et pousser sa fortune.

Il est banni avec les autres cabochiens, à la réaction

  1. Sur tous ces points, voyez Coville, les Cabochiens et l’ordonnance de 1413 ; et l’Histoire de France de Lavisse (t. IV, pages 340 et suiv.).