Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/289

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fait siennes les décisions et qualifications des deux facultés de théologie et de décret. »

En hâte, cette délibération est retournée aux juges de Rouen ; elle est accompagnée d’une lettre adressée à l’évêque Cauchon et dont le style n’est pas ordinaire : « Le travail assidu de votre vigilance pastorale, révérend père et seigneur, paraît excité par la ferveur immense de votre très singulière charité ; votre sagesse éprouvée ne cesse d’être l’appui le plus fort de la foi sacrée ; votre expérience toujours en éveil vient en aide à votre pieux désir du salut public. Une lutte virile et célèbre a mis enfin aux mains de votre justice, grâce à l’énergie de votre vigoureuse probité, grâce aussi au secours du Christ, cette femme que l’on proclame Pucelle, dont le poison, répandu au loin, a infecté le troupeau si chrétien dans presque tout l’Occident… » Et cela dure pendant des pages, jusqu’à ce que la lettre se termine (car tout s’achève) par un appel à « une réparation digne de l’offense, qui apaise la Majesté divine, maintienne sans souillure la vérité de la foi orthodoxe et fasse cesser cet inique et scandaleux spectacle, pour tous lesquels services le Prince des Pasteurs accordera, certainement, à votre révérée sollicitude pastorale, une couronne de gloire immarcescible. » (Procès, 1, 409.)

On n’attendait, à Rouen, que cette décision solennelle qui couvrait tout le monde ; et dès qu’elle fut rapportée par les trois maîtres, retour de Paris, c’est-à-dire le 19 mai, la séance décisive est tenue dans la chapelle du palais archiépiscopal. Aucun délai n’étant désormais supportable, au dire du bon maître Nicolas Midy, les juges et les assesseurs passent au jugement. La sentence qui condamne Jeanne n’a besoin ni d’autre autorité ni d’autre base ; elle est empruntée, mot pour mot, aux décisions des deux facultés. La pauvre fille serait immédiatement exécutée si on n’avait besoin, avant qu’elle meure, du simulacre de l’abjuration.

Telle est, donc, la part de l’Université de Paris dans le drame. Qu’un corps si considérable, si imposant, ayant, par lui et par ses membres, une telle autorité devant le présent et une telle responsabilité devant l’avenir ; qu’un corps qui parle au nom de la justice, du droit, de la vérité, de la religion, de toutes les causes idéales qui tendent à élever et ennoblir l’âme humaine ; ait choisi cette attitude, se soit rallié, unanimement, à de telles conclusions et à un tel langage ; qu’il n’ait eu ni