Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/31

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


comte de Clermont, proposa de mettre dans la ville une grosse garnison, soi-disant pour la défendre. Les habitans se mettaient : La municipalité consentit à « rendre obéissance au comte de Clermont, mais se refusa à recevoir, en quelque manière que ce fût, la garnison. »

Il y eut des conférences entre Regnault de Chartres et les ministres du Duc de Bourgogne où l’on traita de cette embarrassante question. Regnault de Chartres vint à Compiègne et insista ; il demandait seulement que le capitaine de la ville, Guillaume de Flavy, vînt en délibérer, à Senlis, avec le comte de Clermont. La commune coupa court à ces négociations suspectes et envoya une ambassade à Charles VII pour lui faire savoir la volonté des habitans « de n’obéir à d’autres qu’à lui et à leur capitaine. »

Ce capitaine était-il sûr ? Routier dangereux, homme de sac et de corde, ami du sire de La Trémoïlle, il cherchait ses voies. Mais on le tint serré. Le 1er octobre, il vint devant le conseil de ville et, d’après les ordres du comte de Clermont, exhorta les bourgeois à céder et à ne pas mettre d’empêchement à l’exécution des traités du Roi. « Les bourgeois qui affectionnoient Flavy escoutèrent ses remontrances, sans toutefois pouvoir se résoudre à l’exécution d’icelles. La domination étrangère leur étoit extrêmement odieuse… Il se tint plusieurs assemblées là-dessus, au cours desquelles les bourgeois persévérèrent de ne point quitter l’obéissance du Roy. Le chancelier et autres ministres d’Estat, après leur exhortation, reconnaissant que les Compiégnois estoient résolus de plutôt se perdre que de quitter le Roy, s’en retournèrent, marris de leur obstination, de laquelle on donna avis au duc [1]… » Voilà de bons Français

Nouvelles conférences entre Regnault de Chartres et Hugues de Lannoy. Accablés de reproches par le ministre bourguignon, Clermont et Chartres reconnaissent leur faute et leur impuissance, s’humilient, s’excusent : « Quant au fait de Compiègne, Mgr le Conte a fait et fera tout son léal povoir et diligence de l’avoir pour le bailler à mondit seigneur de Bourgoingne,

  1. Extraits des délibérations municipales de Compiègne, dans dom Gilesson, Antiquités de la ville de Compiègne. — Cf. sur l’attitude de Flavy, Procès (V, 174) « Trêve aurait été accordée… pendant laquelle ladicte ville de Compiègne seroit mise es mains dudict duc ou de ceux qui seroient par lui commis : lequel de Flavy auroit de sa part offert satisfaire… »