Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/352

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Chez les particuliers, le médecin homme n’est appelé près des femmes que dans les cas désespérés, il ne peut mettre le pied sur le tapis de leur lit et ne doit s’approcher d’elles que le moins possible. Le frère aîné ne voit généralement pas les femmes de ses jeunes frères, tandis que ceux-ci peuvent voir la femme de l’aîné. Mais si une jeune belle-sœur se trouve dans la même pièce que le frère aîné, elle doit aussitôt se voiler la face en signe de respect : c’est l’usage des gens de qualité. Le Maharaja fait preuve de largeur d’idées en laissant ses grands fils voir leur belle-mère. De telles restrictions n’ont rien de surprenant, étant donné la jalousie féroce des Gourkhas. La vertu de la femme répondant de la pureté de la caste, la bastonnade et la prison perpétuelle punissent la femme adultère. Depuis Jang Bahadour qui a adouci le code népalais, le mari outragé n’a plus le droit de se faire justice et doit s’en remettre au juge du soin de la réparation. Ce n’est qu’après décision du tribunal qu’il peut exécuter lui-même, avec son koukhri, l’insulteur. Celui-ci aurait bien la possibilité d’échapper à la mort en acceptant de passer sous la jambe levée du mari ; mais une telle lâcheté n’est presque jamais commise : on y perdrait la caste.

Chaque pays a ses usages. Je relaterai ici quelques particularités qui marquent la distance de l’Orient à l’Occident. C’est ainsi que la singulière manière de dire « oui » sans ouvrir la bouche, en hochant la tête d’un mouvement lent, peut être prise pour un « non » et donner lieu à de fâcheux malentendus. Le geste d’appel se fait, non pas les doigts en l’air, mais la main repliée vers le sol. On écrit au-dessous et non au-dessus de la ligne tracée sur le papier.

En fait d’écriture, on peut se demander si la coutume des caractères latins ne s’étendra pas peu à peu à l’hindoustani. Le jeune lieutenant, qui m’accompagne souvent dans mes promenades, me dit qu’un certain nombre de colonels anglais les font apprendre dans les écoles de régiment des Indes. Ils sont indispensables tout au moins pour les nécessités de la télégraphie. Il est évident que les lettrés ne s’y prêteraient pas, mais les hommes de troupe acceptent cette méthode très volontiers, ils se l’assimilent plus rapidement que la leur. Dans les alphabets locaux, les caractères s’enchaînent sans séparation de mots, ce qui offre une difficulté de plus aux Européens. Un fonctionnaire m’avouait autrefois qu’il n’était pas capable de relire