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prioit toujours pour ceulx de Compiègne avec son conseil… » (Procès, I, 110, 114, 150.)

Et il arriva, comme la sainte l’avait prédit, comme la clairvoyance et la foi de la Pucelle l’avaient deviné, comme sa volonté l’avait conçu et préparé, — Compiègne fut délivrée. Jean de Luxembourg dut lever le siège, « la mort dans l’âme. » (25 octobre.) Mais, avant de rentrer dans son château de Beaurevoir, il avait vendu la Pucelle aux Anglais.

La résistance victorieuse de Compiègne rompit le grand dessein du duc Philippe. Ses ambitions furent réprimées et les espérances des Anglais détruites. Le retard et l’épuisement causés par la longueur du siège empêchèrent tout. Le roi Henri VI ne put se faire couronner à Reims ; Paris resta cerné par la nouvelle offensive française ; puisqu’il fallait se battre, on se battait : « Ce siège levé donna un grand courage aux gens du roi Charles et commenchièrent à courir et prendre places à tous lez et finablement reconquirrent tout ce qu’ils avoient perdu, en bien peu d’espace, excepté la ville de Soissons… Et ces nouvelles, venues au Duc de Bourgogne qui encores estoit en Brabant, iceluy duc fist un grant mandement de gens d’armes très hastivement, mais les uns n’avoient plus chevaux, les autres point d’argent, etc. [1]. »

Le duc avait, maintenant, d’autres choses à penser et à faire. Tout cela lui donnait à réfléchir. En somme, il avait trop embrassé. La France lui était un trop gros morceau ; l’Angleterre épuisée, divisée, un allié trop affaibli et trop peu sûr. Assez souple pour ne pas s’entêter contre la fortune, il comprit qu’il valait mieux ne pas persévérer dans une lutte par où coulait la richesse et la fidélité de ses peuples. Les démocraties flamandes n’étaient pas satisfaites de ces guerres « seigneuriales » sans honneur et sans profit. Les drapiers et les tisserands commençaient à souffrir de la concurrence anglaise ; ils exigeaient de leur duc l’abandon d’une alliance ruineuse et la réouverture des marchés inépuisables que sont pour eux, d’ordinaire, les provinces limitrophes françaises [2].

Après la prise de Jeanne d’Arc, une campagne pénible et très confuse en Picardie, Bourgogne, Champagne, etc., ruine le pays et n’avance pas les affaires. Les deux alliés se reprochent

  1. Chronique anonyme, dans Champion (p. 162).
  2. Pirenne, Histoire de Belgique (t. II, p. 243).