Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/427

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le transfert du gouvernement général à Rio, qui comptait alors près de 30000 habitans, rapproche la colonisation des plateaux tempérés, où s’ouvrent ses plus belles chances d’avenir. Seuls encore des aventuriers, métis d’Européens et d’Indiens, se sont lancés dans l’intérieur ; petit à petit, ces Mamelucos forment des sociétés organisées ; à la fin du siècle, singulièrement développés et renforcés, ils revendiquent des droits civiques, se rassemblent à la voix d’orateurs et de poètes issus de leurs rangs ; mais la conjuration de 1792, dans le futur Etat de Minas Geraes, est vite étouffée ; José da Silva Xavier, dit Tiradentes, est pendu sur l’emplacement de sa maison rasée.

L’Espagne, au commencement du XVIIIe siècle, possédait en Amérique quatre vice-royautés, Mexique, Nouvelle-Grenade, Pérou et Buenos-Ayres, et huit capitaineries générales qui s’étendaient du Chili à Cuba et à la Floride ; nominalement, l’empire espagnol touchait aux limites occidentales du Canada d’aujourd’hui, et n’avait d’autre frontière au Sud que celle même du continent américain, la mer Australe. L’Espagne commandait le passage entre les deux Océans par l’Amérique Centrale et, souvenir des premières découvertes, ne communiqua longtemps avec le Pérou, le Chili, voire avec l’estuaire de la Plata, que par l’isthme de Panama et la côte du Pacifique ; jusqu’en 1776, Buenos-Ayres ne fut pas une vice-royauté distincte ; cette colonie, qui n’avait pas d’or, n’intéres9ait pas le gouvernement de Madrid : il en laissait l’accès libre à des fils de Maures ou de Juifs, persécutés ailleurs. En revanche, la nomenclature géographique rappelle les titres de navigateurs espagnols à la découverte des côtes de la Californie et de la Colombie britannique actuelle : los Angeles, San Francisco, le rio Sacramento, le détroit Juan de Fuca.

Ce vaste domaine demeurait espagnol, mais parce que, ni de l’intérieur ni du dehors, aucune puissance politique ne s’attaquait au régime établi ; la couronne était représentée par une administration routinière, campée encore après trois siècles. Or, sous ce décor gouvernemental médiocre, la race espagnole a fondé quelque chose de durable ; cette œuvre lui confère d’incontestables droits d’auteur sur la fortune aujourd’hui grandissante des nations latines d’Amérique. Si raide qu’elle fût, importée de toutes pièces de la métropole, l’administration royale avait dû s’assouplir aux exigences géographiques du