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docteur Rodriguez Francia s’instaure dictateur au Paraguay.

Vainement Bolivar a convoqué, en 1826, un congrès panaméricain du Sud à Panama ; il y expose ses projets d’union, ses rêves d’une fraternité latine d’Amérique ; il est débordé par les caudiilos, accusé d’aspirer à la tyrannie ; un général politicien se substitue à lui comme président du Pérou ; à Caracas même, où il était entré naguère sous une ovation frénétique, acclamé comme libérateur, promené par les rues sur un char traîné par les jeunes filles des premières familles, il n’est plus qu’un chef de parti dont l’heure a passé ; il abdiqué ses dernières dignités (1830), et meurt quelques semaines après. Cependant Sucre, président de la Bolivie, a été renversé par un concurrent, emprisonné, exécuté comme traître. Au Brésil même, malgré l’armature plus forte d’une monarchie constituée, des explosions éclatent : Pernambouc proclame la République, Bahia et Para rédigent une constitution, tout en déclarant rester fidèles à Jean VI ; Rio réclame pour les Brésiliens des garanties parlementaires ; le roi, incertain entre l’absolutisme que représente sa femme et les ardeurs libérales de son fils dom Pedro, entre les Reinoes, ou Portugais-nés, et les créoles, hésite, s’affole et finalement s’embarque pour Lisbonne, laissant la régence à son fils (avril 1821).

Ce départ marque une date dans l’histoire sud-américaine : dom Pedro est, en effet, plus Brésilien déjà que Portugais ; il n’est que régent encore, mais il travaille sans délai à fonder l’empire brésilien dont il sera le premier titulaire ; c’est Jean VI lui-même, dit-on, plus clairvoyant qu’il n’était énergique, qui lui aurait secrètement conseillé de conserver ainsi le Brésil, sinon au Portugal, du moins à la maison portugaise de Bragance. Malgré les instructions officielles qui lui arrivent de Lisbonne, dom Pedro maintient ses ports ouverts au commerce étranger, il déclare sa sanction nécessaire pour la mise en vigueur, au Brésil, des lois portugaises ; puis il refuse de laisser débarquer des soldats portugais, il va visiter les provinces de Minas et de Saint-Paul, où certaines oppositions locales se masquent sous l’apparence d’un zèle loyaliste, il s’entoure d’un ministère véritablement brésilien, que préside Bonifacio de Andrade ; acclamé d’abord « défenseur perpétuel du Brésil, » il change bientôt ce titre pour celui d’empereur constitutionnel (octobre 1882) ; cette fois, — c’est la première, — un État