Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/576

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chef de famille et la responsabilité collective. Dans cette conception, la famille est la cellule, l’élément primaire de tout l’organisme. Elle est représentée par son chef. Le groupement des familles forme les villages, celui des villages, les districts et ainsi de suite. Chaque chef est personnellement responsable vis-à-vis de l’échelon supérieur de tout ce qui se passe dans le groupe soumis à son autorité. Celle du chef de famille est partout indiscutée. Elle repose sur le culte des ancêtres. Ce culte exerce une influence souvent prépondérante dans les actes journaliers de la nation. Les coutumes, les actes judiciaires, l’accession aux plus hautes fonctions, même la succession au trône en dépendent. Ainsi un magistrat infligera une peine légère au coupable s’il est orphelin pour lui permettre de continuer les sacrifices dus à ses parens. Dans la succession, un Empereur doit être plus jeune que son prédécesseur de manière à pouvoir accomplir les rites. Le culte des ancêtres comporte les invocations aux morts, et la satisfaction de leurs mânes. D’après les croyances générales, l’homme a trois âmes. Au moment de la mort, l’une va dans la tablette ancestrale préparée à cet effet et placée dans la maison ; elle y reçoit en temps fixé les hommages de ses descendans ; la seconde réside dans la tombe où elle est également l’objet de manifestations pieuses ; la troisième se rend dans le monde infernal, pour recevoir la récompense ou la punition de ses actes. Elle revient ensuite sur la terre, comme dieu, homme, oiseau ou autre animal, suivant ses mérites. Cette troisième âme est honorée dans le temple de la cité. Comme les vivans, les esprits ont des besoins. Les parens ont le devoir d’y pourvoir. Là se manifeste la mentalité chinoise, disposée aux larges promesses, mais réservée dans leur accomplissement [1]. Les objets destinés aux morts consistent dans leur représentation minuscule en papier ou en bambou, maisons, bateaux, vêtemens, monnaie… pour les leur faire parvenir on les brûle avec des baguettes d’encens. Il est donc de première importance d’avoir un fils, les sacrifices voulus seront alors faits sur votre tombe. Si le Chinois ne peut avoir de fils, il a recours à l’adoption. Ce sera un neveu ou même un étranger à sa famille. Ce fils adoptif se conforme aux rites, comme l’eût fait un véritable fils. Il en aura aussi tous les droits. Cette disposition assure la

  1. Things Chinese by dyer Ball.