Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/579

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provinces. L’écolier a donc appris une langue nouvelle ; la langue des intellectuels. L’étude se fait sans arrêt, sans vacances. Quelques jours de fête seulement. Rien ne varie sa monotonie. Le ressort de l’enfant est brisé. Sa turbulence naturelle a disparu. Il devient lent dans ses allures, grave dans ses attitudes, il veut ressembler aux grands lettrés donnés comme exemple. Dans la seconde partie des études, l’élève est exercé à traduire en langage courant le style officiel si remarquablement abstrus. Il apprend la construction des phrases, où chaque mot doit avoir une place permettant d’obtenir un rythme musical ; puis l’art de rédiger une lettre, dans une forme littéraire, art compliqué demandant des études prolongées. Il aborde ensuite la collection des auteurs anciens et se prépare ainsi aux examens pour les services civils. Il doit alors connaître la totalité des classiques avec leurs commentaires. Ce travail exige des années. Dans cette instruction, aucune part n’est faite à la géographie, à l’arithmétique, à une branche quelconque des connaissances scientifiques. Un remarquable développement de la mémoire et des facultés d’imitation en résulte. Avec ce système, l’individualité s’efface pour faire place à une sorte de machine à littérature puisant dans le passé des formes stéréotypées. Le candidat aux services civils passe un examen préliminaire dans une des villes de son district. Sur 1 500 ou 2 000 candidats, une vingtaine recevront le diplôme du premier degré. Nous avons l’habitude de les désigner par le nom de bacheliers. Aucune carrière ne leur est ouverte. Ils figurent seulement sur une liste donnant droit au bouton doré ; le concours à l’examen triennal du second degré leur est ouvert. Les punitions corporelles ne peuvent plus leur être infligées. Cet examen porte également sur la littérature, comprend les quatre livres de Confucius, ses opinions rapportées par ses disciples et les cinq classiques. Les admis sont peu nombreux. Un bouton spécial témoigne du nouveau rang. Le lauréat peut maintenant devenir fonctionnaire. Il sera peut-être envoyé comme magistrat dans un district. Il est tsung-tsz, nous traduisons : licencié. De nouveaux examens lui permettront d’entrer au collège de Han-lin, à Péking, dont les membres classés poètes et historiens de l’Empire peuvent être envoyés en mission comme examinateurs ; Ce sont les docteurs et le premier de leur liste après deux examens spéciaux passés au palais de l’Empereur et, dit-on, en sa présence, est qualifié de