Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/626

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Nesselrode et la mère de la comtesse Coudenhove, — attitude qui refroidit quelque peu ses relations avec les Tuileries. — Elle demeure toutefois bienveillante à l’Empereur dans ses lettres à sa fille : en 1857, elle écrit qu’à la cour de Stuttgart, il a « captivé chacun et tout le monde suivant son habitude. » Au lendemain de l’attentat d’Orsini, elle admire sincèrement sa déclaration publique : « Grandeur, courage et sincérité, dit-elle, tout s’y trouve, et c’est tout l’homme. » Enfin, s’avise-t-on d’attribuer devant elle au souverain français une brochure sur le Pape qui froisse ses sentimens ultramontains, elle proteste que, si ces pages déplacées étaient véritablement de Napoléon, le plus grand homme des temps modernes aurait fait une maladresse, lui dont la grandeur, la force et la prospérité consistent à profiter des maladresses d’autrui !

Ce n’est pas qu’elle soit bonapartiste de conviction. Elevée à la cour du tsar Nicolas parmi les théoriciens du despotisme éclairé, elle reste légitimiste d’instinct et l’origine révolutionnaire de la monarchie napoléonienne lui est nettement antipathique. Aussi la lutte entre Habsbourg et Bonaparte, sur les champs de bataille de la Lombardie, lui apparaît-elle en 1859 comme un duel entre la « tradition chevaleresque » et les bas appétits démocratiques. Au fond du cœur, elle considère Napoléon III comme tout juste assez bon pour tenir en bride le tempérament anarchique de la nation française : c’est là le rôle et l’utilité européenne de cet Empereur improvisé ; mais elle ne désire nullement le voir fonder une dynastie durable parce qu’elle croit d’autre part la paix incompatible avec le régime impérial en France. Dans sa pensée, un Bonaparte doit nécessairement avoir recours à la guerre pour se maintenir au pouvoir en donnant à ses sujets la gloire pour compensation de la liberté. Nous verrons bientôt que la guerre de 1870 acheva de la révolter contre son ancien ami.

Mais arrêtons-nous tout d’abord sur ses années où ses sympathies françaises n’ont encore subi que de faibles atteintes. Longtemps elle resta sous le charme de Paris ; sa fille nous assure qu’elle ne pouvait vivre ailleurs et son père ajoute que le seul aspect des rives de la Seine la rend gaie comme un pinson. En 1855, elle en est toute « rafistolée, » car elle compte parmi les Parisiens des amis fidèles et jouit grandement de leur affectueux accueil. En 1859, sa correspondance la montre un peu refroidie