Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/628

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


plus tard un opposant républicain à soupirer au lendemain de la déclaration de guerre à la Prusse : « Si l’Empereur remporte des succès trop éclatans, c’en est fait pour longtemps de la liberté en France ! » Hélas ! Sedan a donné la « liberté » à la France, mais à quel prix !

Bien que froissée trop souvent dans ses sympathies naturelles par la politique extérieure de son ancien ami Louis Bonaparte, Mme Kalergis lui reste longtemps bienveillante et elle étend cette sympathie à l’impératrice Eugénie dont elle trace un gracieux croquis à propos d’une de ses visites à Bade. Tout le monde, grands et petits, en a été charmé, dit-elle. Beaucoup de dignité et de grâce, une exquise politesse, une grande simplicité de mise et de manières, enfin « la beauté impérissable qui a fait sa haute destinée, » tels sont les élémens du succès qui la suit partout. La souveraine était accompagnée de Mmes de La Bédoyère et de La Poèze, nées La Rochelambert, toutes deux fort aimées à Berlin où elles ont été élevées, puis de sa lectrice, Mlle Bouvet, fille du vice-amiral et « belle comme le jour, » de M. Jurien de La Gravière et de son écuyer, le comte Artus de Cossé-Brissac. Arrivée incognito, elle est repartie peu après dans le train impérial, « chef-d’œuvre d’art et de goût, » écrit Mme Kalergis, qui alla reconduire la visiteuse à l’embarcadère, en témoignage, dit-elle, de sa reconnaissance pour l’intérêt que l’Empereur n’a pas cessé de lui marquer.

Le duc de Morny, bien qu’apparenté à l’aristocratie russe par son mariage, semble avoir été moins sympathique à la comtesse. Elle écrit au lendemain de sa mort que Mme de Morny a coupé ses beaux cheveux et les a mis dans le cercueil de son mari en disant : « Il les aimait ! » car la pauvre femme est au désespoir et parle avec exaltation du bonheur dont elle a joui. Ici, Mme Kalergis place une réserve légèrement ironique sur la clairvoyance d’un si grand deuil et ajoute que l’Impératrice « a montré comme toujours un cœur admirable en cette circonstance. » De son côté, la charmante Mme de Cadore s’est précipitée à Paris pour soigner Mme de Morny, car « les Françaises sont incomparables en amitié ! » Retenons ce témoignage qui rachète par anticipation quelques-unes des duretés que nous aurons à entendre de la même bouche.

Outre les amis dont nous venons de rencontrer le nom sous la plume de la comtesse, le cercle intime de son salon parisien