Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/630

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réserve qui nous semble parfaitement injustifiée : « Les Françaises, que je persiste à trouver supérieures aux femmes des autres pays, écrit Mme de Mouchanoff en 1873, ne peuvent pas garder leur taille ; aussi père et fille Duchâtel ne se lassaient point d’admirer la mienne ; ils s’attendaient, je crois, à me trouver aussi ruinée que Ninive ! Mme Franck (une couturière de Francfort) ma procuré un dernier jour de beauté, et je le constate parce que cela m’est indifférent ! »


IV

Si Mme de Mouchanoff s’incline, jusqu’à la fin de sa vie, devant la supériorité des Françaises, elle en est venue sur le tard à des sentimens peu équitables envers les Français, considérés dans leur ensemble. On rencontre dans la correspondance qui nous a fourni les traits principaux de cette étude une vingtaine de pages qu’il en faudrait nécessairement écarter avant de l’offrir à nos compatriotes et dont nous devons expliquer la tendance. Nous avons déjà montré Mme Kalergis refroidie dans ses sympathies françaises par les guerres de Crimée et d’Italie Au surplus, il ne faut pas oublier qu’elle est Allemande d’extraction, comme nous l’avons dit, et que son intimité avec les maisons régnantes de l’Allemagne, avec celle de Prusse en particulier, ne fait que resserrer, au cours des années du second Empire, le lien qui l’attache à sa patrie d’origine. Berlin supplante donc insensiblement Paris dans ses préférences et devient enfin « sa » capitale, la ville la plus « adorable » de l’Europe à ses yeux, — bonne fortune que l’Athènes de la Sprée n’a pas très souvent rencontrée. — Bismarck, qu’elle a connu dès son séjour en Russie, sera un de ses amis intimes et l’un des attraits de ses visites à la cour prussienne.

Son germanisme, chaque jour grandissant de la sorte, lui rend déjà fort pénible la crise de 1866 qui met aux prises le pays de ses prédilections nouvelles avec l’Autriche, patrie de son gendre et par conséquent de ses petits-enfans. Une pareille guerre lui semble fratricide. Elle refuse même d’en admettre la possibilité, jusqu’au jour où la reine Augusta l’appelle auprès d’elle et lui fait confidence de ses angoisses dans un long et « précieux entretien. » « Je dis précieux, explique Mme de Mouchanoff à sa fille, car j’aime à voir justifier mes sentimens. Or,