Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/680

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avec Mühler, il vit dans ces démarches parlementaires une occasion de se délivrer de lui ; il s’en fut chez Guillaume, lui présenta ce tissu de complexités, et obtint un ordre royal qui invitait Mühler à demander son congé. Bismarck, quelques jours durant, garda l’ordre dans sa poche ; puis, le 2 janvier 1872, profitant d’un incident au conseil des ministres, il tendit à son collègue l’arrêt du Souverain. Mühler, tout de suite, dans un papier respectueux et docile, réclama de son Roi la grande faveur d’être renvoyé. Mais Guillaume était redevenu indécis. On avait le sentiment que l’effacement de ce ministre fermerait une période dans l’histoire scolaire de la Prusse ; ainsi s’expliquaient, tout à la fois, le suprême scrupule du monarque et le haineux empressement de certains députés. De nouveau, le 14 janvier, les nationaux-libéraux manifestèrent contre l’infortuné fonctionnaire, qui ne savait plus au juste s’il était chassé de son office ou s’il y était enchaîné. Une insignifiante affaire brusqua l’issue : après avoir promis de nommer à un poste vacant l’un des deux candidats que le prince Frédéric lui recommandait, Mühler avait choisi, pour l’emploi, un parent de sa femme ; cela lui valut une lettre sévère de Guillaume. Le 21 janvier, Mühler quitta le ministère, oscillant entre la joie qu’il trouvait dans sa « paix intérieure reconquise, » et sa crainte chagrine des prochaines réformes scolaires, qui ravageraient en vingt ans, disait-il, le patrimoine moral de la Prusse.


II

L’école et les Eglises étaient désormais sans chef : il fallait pourvoir. « La catastrophe de Mûhler et ses suites, écrivait Guillaume au général Roon le 16 janvier, m’occupent de la façon la plus pénible. Jusqu’ici, je n’ai causé du successeur qu’avec Bismarck. Je dois encore souhaiter quelques autres renseignemens sur un candidat dont je n’ai entendu que le nom. Je vous prie de venir aujourd’hui à midi pour en parler. »

Ce candidat dont Guillaume voulait causer avec Roon s’appelait Adalbert Falk. Il avait siégé à la Chambre prussienne de 1861 et au Reichstag de 1867 ; et l’Empereur voulait savoir de Roon comment avait voté, dans les discussions militaires, celui qui n’était alors qu’un obscur député. Les renseignemens furent médiocres ; Falk s’était rangé dans cette opposition